Journal d'Évangéline
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8 janvier 1987 Quatrième jour en mer. Enfin les
Alizés! Le vent dans lderrière... Alors
quest-ce quon met comme voile? Le SPI! Oui, on
avance à quatre nuds. Le bonheur,
quoi! Aujourdhui cest le quart de
bouffe de Gilles, alors cest moi qui laide. Ce
matin nous avons commencé des petits gâteaux au
citron. Ça nous a pris environ une heure pour
préparer le mélange. Nous souhaitions
quils soient réussis. Après il a fallu
se dépêcher pour faire le dîner. Nous
avons préparé une crème de tomates avec
des croque-madame. Puis nous avons sorti nos petits
gâteaux du four. Cétait supposé
donner de beaux petits gâteaux dau moins trois
pouces de haut, mais à la place ça a
donné des petits biscuits minables de moins dun
pouce! Nous nétions pas très satisfaits
de ce résultat. Mais nous allons prendre notre
revanche sur le glaçage au citron. Après un repos dune heure,
nous nous sommes replongés dans la cuisine. Gilles a
préparé ses côtelettes de porc et moi
mon glaçage. Cétait un peu
compliqué. Le résultat a donné une
espèce de costarde jaune mais quand même
très bonne... Puis ça été
lheure du souper et tout le monde a trouvé cela
délicieux. Dabord des patates pilées
épicées avec les côtelettes aux oignons
sautés, puis nos petits biscuits avec sauce coulante
et en prime sur le dessus un petit chocolat en
spirale... (©Évangéline De Pas, La
V'limeuse autour du monde, tome 1
)
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Traversée vers les Marquises
(Évangéline) 5 juin 1987 : 2ième jour EN MER Youpi, ce matin nous sommes en mer et
nous filons à six nuds avec des pointes
à huit nuds. Le vent vient du sud. On fait
entre du près et du travers. À 11 heures il
nous restait 2 914 milles avant les Marquises. On est si
bien en mer qu'on ne sait même plus pourquoi on fait
des escales! Aujourd'hui il fait un temps superbe: une belle
mer bleue, un gros soleil et des fois on a de l'ombre avec
la grand-voile. Il va falloir que nous mangions nos bananes
bientôt car elles mûrissent à vue
d'il. Jour 3 Hier soir j'ai fait le souper.
C'était très simple: une bonne grosse soupe
poulet et nouilles avec des tonnes de vermicelle. J'ai
même été obligée d'en refaire
tellement ils ont aimé ça. Depuis que nous sommes partis
(avant-hier) nous avons parcouru 230 milles. C'est quand
même pas mal. Nous avons la grand-voile, la
trinquette, le génois et la voile
d'étai. Dans la nuit il y a deux poissons-volants
qui ont atterri sur le bateau: un gros et un petit.
Dominique est justement en train de les faire cuire et
ça fait plein de boucane qui empeste le bateau. Nous
filons à six nuds. Jour 5 Ce matin je me suis endormie durant mon
quart. Ce n'est pas très grave puisque tout allait
bien. Dans la journée c'est un peu tout
le monde qui surveille et qui participe aux manuvres
mais le soir nous commençons nos vrais
quarts. De 7 à 9 heures, c'est Damien avec
la participation de Carl, qui lui tient compagnie en
échange de quelques caresses sur le front. De 9 à 11, c'est mon tour et je
dois faire des efforts terribles pour ne pas
m'endormir. De 11 à 2, c'est Dominique. Elle
dit qu'elle se réveille toutes les quinze ou vingt
minutes pour faire son inspection... mais moi je pense
qu'elle dort plus souvent qu'autrement! De 2 à 4, c'est Carl. Il
s'étend sur la banquette du cockpit et se lève
de temps en temps pour voir s'il n'y a pas de grains
à l'horizon. De 5 à 7, j'assiste au lever du
soleil et je réveille Damien vers 6 heures pour qu'il
prenne la relève pendant que je retourne
dormir. Jour 6 Ce matin il y avait beaucoup d'oranges
pourries. Il a fallu que nous en jetions trois ou quatre.
Nous filons à six nuds et Carl prépare
le spi que nous allons bientôt hisser. J'ai un peu
peur à chaque fois que nous l'envoyons. J'ai peur
qu'il arrive un gros grain et que nous n'ayons pas le temps
de l'affaler. Jour 9 Cette nuit pour mon quart j'ai
écouté un peu de musique. C'était
merveilleux de se coucher sur un banc avec une couverture et
de la musique en regardant le ciel couvert
d'étoiles. J'ai commencé à lire Le
Grand Meaulne et j'aime beaucoup. Jour 12 Aujourd'hui je me lance dans la
préparation de petits biscuits à la
cuillère sauf que je vais faire la recette un peu
à ma façon. J'ai fait des maths avec Dominique
(calculer l'aire d'une forme géométrique).
Demain nous travaillerons sur nos recherches. Il fait
très beau une fois de plus. Une autre merveilleuse
journée avec un soleil radieux et un bon vent pour
nous pousser vers les Marquises. Ah!! que demander de plus
quand on a tout! Ce soir nous célébrons nos 1
500 milles avec un petit merlot (vin rosé). Mes
petits biscuits sont finalement pas mal. Jour 14 Hier nous avons pêché une
belle petite daurade. Ce matin Damien a mis la ligne quand
il faisait encore noir mais rien n'a mordu et nous avons
remonté la ligne le soir bredouille. Le génois s'est un peu
déchiré et nous l'avons affalé en
vitesse. Notre moyenne baisse. Quand je pense que nous
faisions 150, 140, 148, 149, 139... milles par jour.
Maintenant c'est passé à 125, 110, 120... Je
pense que la traversée prendra environ 23 ou 24
jours. Mes seins commencent à pousser et
ça fait tout drôle!! Jour 16 Cette nuit le vent est
complètement tombé. Alors à 1:30 du
matin on a affalé toutes les voiles et on a dormi
jusqu'au matin. Après un déjeuner aux pancakes
nous avons hissé le spi. Il y avait huit nuds
de vent. Dominique va nous faire du pain aux raisins pendant
que Carl nous prépare un bon spadaqui
picante*, sa spécialité, avec des
champignons, de l'ail, des oignons, des tomates en
boîte, sans oublier une tasse d'amour! À la
belle heure, le souper était prêt. Le pain a
très bien levé et le spadaqui de Carl
était délicieux. (* on aime bien faire des jeux de
mots) J'ai commencé Vagabond des mers
du sud de Bernard Moitessier. Jour 17 Hier soir, quand il faisait noir, nous
avons vu une lumière dans le ciel qui grossissait.
Nous pensons que c'était la mise en orbite d'un
satellite. Une heure et demie plus tard, mes parents ont vu
le ciel s'illuminer comme en plein jour! Les débris
enflammées sont tombés à une vingtaine
de milles. TRÈS IMPRESSIONNANT paraît-il... on
aurait pu aussi bien les recevoir sur la
tête! Depuis hier matin nous naviguons avec le
spi. Ce soir il ne vente presque plus et nous
avançons à un demi-nud. Jour 19 À la deuxième heure de mon
quart, le vent s'est miraculeusement levé et nous
avons pu brancher la girouette. Ce matin je me suis
réveillée sur un banc dans le cockpit et
Damien est venu me porter une tranche de pain au raisin plus
un fond de café. Hum! Ça réveille bien!
Toute la journée le vent a soufflé et nous
filons à cinq ou six nuds. Jour 20 Depuis plusieurs jours Dominique a
très mal à l'oreille. Elle sent une forte
pression. Cet après-midi elle a failli pleurer
tellement ça lui faisait mal. Les antibiotiques ne
font pas d'effet. Elle pense qu'un petit crabe a du rentrer
dans son oreille lorsqu'elle nettoyait la coque aux
Galápagos. C'est déjà arrivé
à quelqu'un! Aujourd'hui c'est moi qui ai fait le
point: nous avons parcouru 92 milles. J'ai bien hâte
que nous arrivions aux Marquises. J'ai comme projet de
m'acheter un pareo. C'est une grande pièce de tissu
portée comme robe ou comme jupe par les hommes et les
femmes là-bas. J'ai commencé le livre
Taïpi. Ça se passe il y a 150 ans, dans
le temps des cannibales sur Nuku-Hiva. C'est une histoire
vécue par Melville. Jour 23 L'oreille de Dominique va beaucoup mieux,
elle n'est presque plus bouchée. Depuis trois jours
on s'occupe de ma petite maman. On lui caresse le front,
Carl et moi, pour l'aider à se détendre. Elle
s'est mis de l'eau chaude et un peu d'huile dans l'oreille
et ce matin, elle a sorti une sorte de pâte noire avec
du pus, dégueulasse. On ne sait pas ce que c'est.
Elle dit en rigolant que ce n'était pas un crabe,
mais un petit calmar qui a craché son encre.
Berk! Il y a eu des grains dans la nuit, mais
le pire de tout a commencé à la fin de mon
quart. Le vent s'est levé très fort,
vingt-cinq nuds réguliers, et il a fallu que
Dominique et Carl se relayent à la barre.
Heureusement, pas toute la nuit. Ce matin j'ai un peu mal au
cur. Alors je mange vite une tartine grillée.
Le résultat: excellent pour le mal de
cur. Melville raconte qu'aux Marquises les
filles d'environ 13 ans avaient au moins un enfant et comme
il y avait plus de garçons que de filles, elles
étaient obligées de vivre avec au moins deux
garçons. Surprenant non? Les grains se succèdent en
après-midi mais je vais essayer de confectionner un
gâteau aux carottes avec costarde. Miam! Aujourd'hui nous avons avancé de
141 milles. Il nous en reste encore 424, soit environ quatre
jours... (©Évangéline De Pas, La
V'limeuse autour du monde, tome
1 )
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Lundi le 11 janvier 1988 Les vacances sont finies! Ce matin je suis restée dans mon lit le plus longtemps possible parce que je n'avais pas envie de faire l'école. Mais quand même, il fallait bien se lever à un moment... alors je l'ai fait en soupirant. J'ai déjeuné toute seule parce que tout le monde avait fini depuis assez longtemps. J'ai commencé ma matinée d'école par de l'orthographe (le nouveau cahier que j'ai reçu au mois de décembre). Après j'ai fait des exercices de multiples et pour la fin, Dominique m'avait préparé un problème de mathématiques. J'ai encore travaillé après le dîner: j'ai écrit une page de ma recherche sur les coquillages.
12 janvier Cette nuit j'ai terriblement bien dormi dehors. Je me suis réveillée: pas une piqûre de maringouin! Ce midi il a plu très fort alors nous avons mis quelques seaux pour recueillir l'eau de pluie. Je vais aller à terre tout à l'heure, je suis fiu de rester toujours au bateau! (Fiu est un mot tahitien pour dire qu'on est tanné ou fatigué, qu'on a envie de ne rien faire.) Il fait chaud et lourd, et je ne sais pas quoi faire alors j'écris ce que je pense. Souvent il y a plein de trucs qui me viennent dans la tête et si je n'écris pas, ça reste là et à la fin, ça m'énerve... Par exemple, des fois je me dis que j'aimerais être grande pour ne pas faire l'école... mais en même temps je suis contente de voyager sur un bateau... Des fois aussi j'aimerais habiter dans une maison pour avoir une ou plusieurs copines, parce qu'en voyage, à peine on vient de se faire des amis qu'on repart dans un autre endroit... En ce moment je suis couchée sur mon lit. Carl et Dominique travaillent à l'arrière du bateau et Damien n'arrête pas d'emmerder les jumelles qui jouent avec leurs toutous (Orange et Chocolat). Tiens! enfin il se décide à aller à terre avec Fatou... J'écoute les pas sur le pont et le bruit du moteur de l'annexe. Je ne vois pas non plus les jumelles mais je sais qu'elles s'amusent car je les entends parler avec une toute petite voix: «Viens! On va aller jouer dehors. Viens, Chocolat! Orange, il nous invite au restaurant...» (©Évangéline De Pas, La V'limeuse autour du monde, tome 1 ) |
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23 juin 1988 En mer... toujours en mer... Hier après-midi, Carl et Dominique m'ont donné mon cadeau d'anniversaire même si c'est deux mois à l'avance car j'en ai besoin tout de suite. C'est un Walkman! Il est vraiment superbe, noir brillant avec la radio AM/FM. Le son est génial. Je suis très surprise et très très très contente. Ce matin, c'est la grande douche, il faut que tout le monde se lave de la tête aux pieds en passant par le milieu. Qu'est-ce que ça fait du bien de se laver le corps et les cheveux! Surtout avec de l'eau douce!! Après la douche, j'ai commencé à m'occuper des galettes de lentilles. Ah! quelle affaire ces galettes qu'il faut tremper dans l'uf et dans la chapelure! Ça se défait, c'est trop mou, etc.. Mais c'était très bon et très bourratif. Après j'ai fait une grosse et bonne sieste et un peu de lecture. J'ai fini Le palanquin des larmes de Chow Ching Lie, cette chinoise qui raconte sa vie. Elle a été mariée à 13 ans par ses parents et a été malheureuse longtemps. C'est terrible ces mariages où tu n'as pas le droit de t'opposer; tu dois épouser le garçon que tes parents choisissent même si tu ne l'aimes pas!
24 juin Aujourd'hui c'est la fête des Québécois! Alors, comme dit Dominique, il faut être content et pas s'engueuler. Moi, je vais faire un gâteau simple avec une crème au citron ou au chocolat, je ne sais pas très bien encore. Il n'y a presque pas de vent alors nous avons hissé le spi.
27 juin (En passant le 180e degré de longitude, nous avons sauté la journée du 26 juin!) Hier soir je me suis fait un lait chaud avec du sucre vanillé, après j'ai mis mon Walkman et je suis allée dehors regarder les étoiles. À six heures ce matin, Carl m'a réveillée pour me dire de venir prendre la barre car nous allons envoyer le spi. Il a d'abord fait son café, mangé un peu, réveillé Dominique et enfin nous avons hissé le spi. Il n'y a presque pas de vent et le spi est très difficile à tenir. J'ai barré une heure pour que Dominique se repose encore un peu car ils ont barré toute la nuit. C'est Dominique qui a aperçu un bout de terre ce matin. Ce n'est pas du tout montagneux les Tonga. Du côté où nous arrivons, il y a une grosse falaise. Il fait très beau et il y a du soleil. Ce midi nous avons mangé les restes d'hier sauf qu'en plus il y avait deux gros poissons-volants, de la compote de pomme et un biscuit au chocolat pour chacun de nous. Nous sommes proches: il reste 25 milles.
28 juin, Vava'u Ça y est! Nous sommes ancrés dans le port de Neiafu. Cette nuit j'ai dormi toute habillée tellement j'étais fatiguée et crevée. Hier soir, on s'est fait un super spaghetti avec les copains du bateau Athanor, Dominique et Francine (sa copine québécoise). Ils partent ce soir pour l'île de Nuku Alofa, dans le sud de l'archipel. Ils vont voir la grande fête organisée pour le 70e anniversaire du roi des Tonga. À part Athanor, il n'y a aucun bateau français. Ils sont presque tous Américains, Néo-Zélandais ou Australiens. Avant d'aller à terre, nous avons fait les papiers d'entrée. On a dû se mettre au quai et trois personnes sont venues à bord. La Santé, la Douane et l'Immigration. Ils ont été très gentils. Après, nous sommes allés faire des courses. J'ai changé 10 dollars en seniti, la monnaie des Tonga. Ça équivaut à peu près à nos cents (pour 10 dollars on a 951 senitis). Les légumes et les fruits ne coûtent pas cher. Nous avons acheté 18 tomates (50 sous pour 6), 8 poivrons verts (50 sous pour 4), un paquet de très longs haricots chinois (50 sous), deux paniers d'oranges dans un panier en niau (un dollar pour un panier de 15 oranges super belles), une branche de mandarines (un dollar pour environ trente mandarines)... Ici, les gens ont une drôle de façon de s'habiller. Les femmes (mamas) portent une robe toute noire avec une grosse ceinture de paille tressée (50 centimètres de largeur). Les hommes ont une jupe longue avec une grande fente sur le côté ou devant. C'est spécial comme tenue.
1er juillet Aujourd'hui nous sommes venus nous ancrer à l'îlot Nuku. C'est à seulement une heure et demie de Neiafu. C'est beau, il y a une belle plage de sable blanc et de l'eau pâle. Et personne d'autre que nous. Damien a tout de suite repéré le grand platier de corail qui fait le tour du motu. Il espère trouver beaucoup de coquillages. Nous avons nagé jusqu'à terre avec masques, tubas et palmes. Tout de suite en arrivant, nous sommes allés sur la barrière de récif. Carl et moi avons fait le tour du motu. J'ai trouvé deux porcelaines superbes avec des milliers de petits points blancs dessus, comme des étoiles. J'ai fait du yoga avec Dominique sur la plage et un peu de course à pied. Nous sommes rentrés avant le coucher du soleil. Ce soir je fais un renversé aux ananas et Carl prépare un riz au curry et bacon. Hum! ça va être bon! Je lis un livre qui s'appelle La peste et c'est Albert Camus qui l'a écrit.
2 juillet, îlot Nuku Ce matin Damien fait des maths, Sandrine du français, moi je fais un peu de maths en aidant Noémie à faire de l'anglais... J'ai fini à 11 heures et je me suis couchée un peu. J'ai lu en mâchant de la gomme. Ce midi, j'ai réchauffé le riz au curry et rajouté une canne de petits pois. Nous avons traversé sur l'île voisine avec le Zodiac. Un peu plus loin il y a un grand récif et nous avons marché dessus à marée basse. Nous avons vu deux rascasses volantes posées sur le fond et j'ai eu très peur de me faire piquer. Leur venin est mortel. Par contre, le long de la plage, dans 30 cm d'eau, il y avait des traces de coquillages et nous avons trouvé des superbes olives brillantes avec des lignes pures. En tout, j'en ai trouvé onze vivantes et deux mortes. Le village à côté est très beau. Tout est vert. Il y a plein de petits cochonnets qui courent partout. Une femme nous a donné des papayes, des urus* et un gros coquillage. (* fruit de l'arbre à pain.)
4 juillet Cette nuit, le vent s'est levé et maintenant l'horizon est bouché. Nous devons changer de mouillage car ici, ça commence à brasser drôlement. Nous allons nous ancrer dans une baie de l'île voisine, super bien abritée sauf qu'il y a neuf autres bateaux. En mangeant ma crème de blé, j'ai lu. En ce moment je lis Cent un coups de canon de Henri Troyat. Je n'ai pas beaucoup aimé La Peste: c'est trop monotone, mais c'est bien écrit. Aussitôt ancrés dans notre nouveau mouillage, nous sommes tous allés à terre. Damien s'est précipité à la recherche des coquillages, car la marée commençait à baisser et le platier se découvrait. Moi, je me suis promenée avec Sandrine. Nous avons rencontré un monsieur, sa femme et son fils. Ils ont cueilli au moins une trentaine d'oranges pour nous. L'homme essayait de me parler en anglais mais je ne comprenais pas grand chose. Ils ont été très gentils. La femme a pris quelques tiges de niau et elle a fabriqué un panier pour mettre les oranges. Ensuite, elle a mis une branche en travers, comme ça nous pouvons le porter à deux. Quand nous sommes revenues, les autres étaient sous un arbre immense avec des Tongans (habitants des Tonga). Ils mangeaient des bananes et du uru cuit sur le feu. Moi aussi j'en ai mangé. Un monsieur nous a ouvert des noix de coco vertes. L'intérieur est gélatineux et c'est délicieux. (©Évangéline De Pas, La V'limeuse autour du monde, tome 1 ) |
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Vacances aux
Maldives Dimanche, 18 mars Youpi! Après une traversée
pépère de cinq jours, je me suis
réveillée ce matin pour découvrir le
grand atoll de Malé, à moins de 7 milles
devant nous. Nous avançons à voile, il
ne vente pas beaucoup, mais ça va. Jai
déjeuné tranquillement, enfin tranquillement
nest pas le mot car à toutes les cinq minutes,
Dominique me criait: «Évangéline, on
empanne!» Alors, vire le génois et la
grand-voile! Et vire encore... On a contourné le motu pour
sancrer devant la ville, dans 45 mètres
deau!! Pas moyen de faire autrement. Cest ici
quon remplit les papiers
dentrée. Ensuite jai préparé
des bananas fritas: des beignets de bananes. Je suis
restée plantée devant le réchaud
pendant deux heures à faire cuire ces cochonneries.
Maintenant je ne pourrai plus sentir les bananes pour un bon
bout de temps. La sécurité nationale est
venue. Pas très bavards, les mecs! Depuis quun voilier est
entré aux Maldives avec des armes cachées dans
les bouteilles de plongée, les militaires font la
gueule à tous les gens de bateau. Tout à lheure, un petit
voilier français avec son drapeau jaune pour la
douane sest ancré derrière nous.
Jarrive mal à lire le nom. Cest un truc
comme DUMA ou OUNÂ, je ne sais pas. Ce que je sais,
par contre, cest quils ont un gros chien et un
chat. Après la visite des douaniers, on
a pu aller à terre. On sest baladés un
peu et puis tout à coup on a regardé le ciel:
il y avait un énorme nuage noir. On sest
dépêchés de revenir au port. Mon Dieu,
le grain était tout proche, le pire que javais
jamais vu de ma vie! On a couru jusquà
lannexe. Il fallait se grouiller car la
Vlimeuse est assez proche de la jetée et
elle nest protégée par rien. Heureusement, le petit moteur 4 chevaux
ne nous a pas laissé tomber et nous sommes
arrivés au bateau de justesse. Les rafales
étaient tellement violentes quil a fallu partir
les 140 chevaux de la Vlimeuse et se mettre en
marche avant. Lancre a quand même chassé
un peu. Mais après, elle tenait mieux. Le grain a
duré assez longtemps. Ensuite, on a coupé le
moteur. 19 mars Il a venté toute la nuit, avec de
la grosse vague, et je nai pas très bien dormi.
Aujourdhui nous allons mouiller dans le lagon du Club
Med, à trois milles dici. Ça va
être génial. Mais dabord il faut remonter
notre mouillage: 60 mètres de chaîne plus
autant de corde, je ne sais pas si vous imaginez le travail.
Tout ça avec notre vieux guindeau, bien sûr.
Normalement, ça va plus vite de remonter la
chaîne à la main, mais là il y en a
beaucoup trop et surtout, elle est trop lourde. Alors on a
dû se servir du gros winch à
larrière, amener la corde jusque là,
etc. Bref, ça nous a pris un temps fou. Le mouillage du Club Med, cest
super: il a fallu entrer par une petite passe étroite
et tellement pas profonde quon a dû relever la
quille, et après on a traversé la partie bleu
foncé du lagon et on sest ancré dans une
belle eau claire et turquoise. Quoi de mieux!! Il y a environ deux cents atolls aux
Maldives et plus de deux mille îles! Mais les
Maldiviens ont eu une bonne idée: ils ont
réservé quelques îles seulement pour les
touristes, comme ici. Ailleurs les pêcheurs peuvent
vivre tranquilles. 20 mars Cest génial, cest
génial, cest... Ce matin, je marchais autour du bateau
avec de leau au-dessous des épaules. Cest dingue comme il y a toujours
du vent et des grains, ici, durant la nuit. Mais maintenant
on na plus peur car ce nest vraiment pas profond
et l'ancre ne pourrait pas chasser très loin.
À cause de la barrière de récifs, il
ny a pas de vagues non plus. Tout le contraire de
Malé, quoi. Oulala! jai des frissons juste
à repenser à avant-hier durant
lénorme grain. 21 mars Ce matin, il ventait un peu.
Jétais contente parce que jallais
apprendre à faire de la planche à voile. Je
navais jamais essayé avant. Bon, je suis tombée pas mal de
fois, mais cest normal pour une débutante. Le
plus important cest davoir de
léquilibre et bien tenir son mât, etc. Je
peux dire quaprès une heure, ça
été génial. Il y avait juste le petit
vent parfait et jai fait au moins sept ou huit
virements de bord sans tomber une seule fois. À la
fin, je me tenais debout et javançais
tranquillement sans avoir «le cul en pot de fleur»
(voir le livre: La planche à voile, de
Stéphane Peyron). Je faisais ça, peinarde,
wahou! jétais fière de moi. Mes parents
aussi. Nos copains de Leonore sont
ancrés devant un autre motu, à un mille
dici. Leonore est un superbe Swan de
vingt-quatre mètres. Nous lavons connu à
Galle, quelques jours avant le départ. Comme le
propriétaire nest jamais là - il vient
juste passer une semaine de temps en temps - alors
léquipage est toujours en train de faire la
fête. Ils sont quatre gars: deux Américains, un
Sud-Africain et un jeune Australien pas moche du tout. Ils
sont tous très gentils. Cest drôle comme
ces gars-là qui sont célibataires peuvent
tripper sur une famille comme la nôtre!
Peut-être quils rêvent de voyager un jour
avec leur femme et leurs enfants. Ils mont
donné plusieurs cassettes de musique avec les
meilleurs hits. On a souvent pris lapéro sur
leur bateau. Une fois, jai bu trois verres de vin
blanc! Je vous dis pas comment jétais pompette
après! On est contents de les revoir ici, mais
ils repartent déjà demain matin. Les gars ne
peuvent pas rentrer dans le lagon avec Leonore parce
quil ny a pas assez deau dans la passe.
Mais eux, ça ne les dérange pas de mouiller
par 50 mètres. Ils ont un super guindeau
électrique. 22 mars Hier soir, jétais en train
de faire la vaisselle, Carl lisait et Dominique dormait
quand jai entendu un bruit de moteur. Je suis sortie
sur le pont pour recevoir la lumière dun spot
dans la figure. Et bien, croyez-le ou non,
cétait Creg, le skipper de Leonore qui
était venu en dinghy, malgré la distance et
les vagues, nous dire au revoir. Cher Creg! Il nous a
laissé son adresse. Dominique a promis de leur
envoyer des tee-shirts de la
Vlimeuse. 23 mars Ce matin, il y a un bon petit vent et le
lagon bleu clair est tranquille. La journée parfaite
pour faire de la planche à voile. Je deviens assez
bonne. Nous avons rencontré un
Québécois en vacances au Club Med. Ça
fait drôle dentendre laccent. Ensuite nous
sommes allés saluer le «chef du village» et
sa femme, Pierrot et Marie-Laure. Ils sont jeunes: 32 et 35
ans environ, et très gentils. Pierrot nous a offert
une tournée et ensuite un livre sur la lune. Il ma
dit que je pourrais échanger des livres car ils ont
une petite bibliothèque. Les serveurs au bar sont soit maldiviens,
cinghalais ou mauriciens, super sympathiques, ils
narrêtent pas de rigoler. 27 mars Cette nuit je nai pas très
bien dormi. Peut-être parce que jai trop lu hier
soir? Nous avons échangé au moins une
trentaine de livres. Ça faisait super longtemps que
je navais plus rien à lire. Bon bref, je ne
file pas très bien, jai un peu mal à la
tête. Le bout de la quille touche le fond parce
que le vent a viré dans la nuit et nous sommes cul
à la plage. Comme nous devons changer de place, nous
allons en profiter pour ancrer à lîle
voisine de Furuna. 28 mars Nous sommes dans notre nouveau mouillage
à Furuna. Ici, cest une autre île pour
les touristes. Ce matin, Damien, les jumelles et Carl sont
partis en annexe pour pêcher à la traîne,
comme le font nos voisins français et suisses.
Dominique et moi avons décidé de visiter les
alentours avec nos masques et nos tubas. Cest nul sous
les bateaux, on ne voit que du corail mort. Ensuite on a nagé jusquau
motu. Le resort est plutôt triste, ça manque
dactivités. Dailleurs, ils vont le fermer
pendant un an pour refaire ça plus
moderne. Nos pêcheurs sont revenus au bateau
avec leur butin: une belle aiguillette, un mérou et
deux poissons-soldats. Nous les avons fait cuire avec du
riz. Mais avant de manger, nous sommes allés plonger
sur le tombant, près dune passe. Cétait superbe! Il y avait
des centaines et des centaines de poissons qui venaient se
nourrir dans le courant, mais le plus beau
cétait les couleurs. Je suis sûre que
toutes les couleurs au monde étaient là. On
aurait dit luvre dun peintre! Des bandes
de petits poissons tous pareils nous suivaient, on pouvait
même les toucher. Eux, ils ne se gênaient pas en
tout cas. Il y en a même un qui ma mordu le
genou. Ça ma fait juste un petit pincement. Ils
sont trop drôles! Cétait vraiment une
super plongée. 30 mars Ce matin, Dominique et Carl sont
allés prendre un café sur Oumâ.
Ils voulaient regarder des cartes marines. Pendant ce temps, jai
préparé le mélange à
crêpes et ensuite, les quatre enfants, on a
mangé tout seuls, comme des grands. Les parents sont
revenus vers la fin du déjeuner et maintenant il faut
que jaille sur Oumâ pour leur porter des cartes
quils vont calquer. Je vais essayer
déchanger quelques livres en même temps.
Sur ce bateau, il y a un couple, François et
Dominique, en plus du chien et du chat. Deux Dominique dans
le mouillage, ça sera pas évident. Dominique
dOumâ, disons que je lappelle Dom,
elle lit beaucoup, beaucoup. Dans mon genre. Je lui ai
échangé six livres. Il y a aussi un bateau suisse:
Flores. Le capitaine sappelle Alfred et il a
deux jeunes équipiers suisses: Cédric et
Christine. Ce sont des amis dOumâ. Ils naviguent
ensemble depuis la mer Rouge. Cest bien, parce
quils vont faire le même chemin que nous:
Chagos, Maurice, la Réunion, etc. Alors on risque de
se revoir. Cédric a embarqué son
compresseur et ses bouteilles, il a plein de brevets, etc.
Alors cet après-midi, je vais avoir mon
BAPTÊME!! Vers 3 heures, on est dabord
allés dans une passe peu profonde. Dominique, Carl et
Cédric ont plongé les premiers, ensuite moi...
Oulala, ça fait drôle! En plus, lair que
tu avales est froid. Au début, jai eu de la
misère, mais après cétait bien,
même si javais un peu mal aux oreilles. Il
paraît que je «palmais» trop vite. Je crois
que jétais nerveuse. Mais bon, un baptême
cest énervant. Et puis je ne me sentais pas
très à laise avec une grosse bouteille
attachée dans le dos. Malgré tout, jai
adoré ça. 3 avril Finies les vacances! Nous sommes revenus
à Malé pour faire des courses et les papiers
de sortie. Cette fois, on a réussi à rentrer
dans le port en relevant la quille et en se glissant entre
deux bateaux du gouvernement. Comme ça on peut
visiter la ville, tranquilles. Hier soir, on sest
payé une petite visite dans les magasins. La
nourriture ne coûte pas trop cher. Jaime bien la
ville de Malé, avec ses rues et ses maisons en corail
blanc. Il paraît quil y a 46 000 habitants. On
ne dirait pas. Nous sommes rentrés à 10
heures et demie et jétais crevée. Sur le
bateau voisin, les gars préparent leur premier repas
de la journée. Ils mont expliqué que
pendant le ramadan, qui dure un mois par année, les
musulmans jeûnent du lever au coucher du soleil. Je ne
sais pas si je serais capable. Jai mal dormi. Il fait très
chaud dans le port, une chaleur lourde comme avant la pluie.
Je peux sentir la sueur qui me coule le long du
dos. Aujourdhui, nous avons fait des
courses toute la journée : vingt-cinq kilos de
farine, 8 kilos de sucre, 5 kilos doignons, 8 kilos de
pomme de terre, du fromage, du beurre en boîte, de la
margarine, du Seven-Up, du jus en carton, des ufs, des
épices, etc. Jai même trouvé du
tapioca. Les Maldiviens le mangent de la même
façon que nous, cuit dans du lait et avec des
ufs. Nous avons aussi acheté du tissu pour
recouvrir notre nouvelle annexe pneumatique et la
protéger du soleil. 5 avril J'ai fait du tapioca hier soir. Ça
goûtait la même chose que quand
jétais petite. Wahou ! Jétais
contente car ça va faire un autre dessert au menu. Ce
matin, on fait les dernières courses et on se barre.
Je suis allée à la poste avec Dominique.
Ça nous a pris des heures tellement ils sont lents,
les Maldiviens. Nous allons retourner au Club Med pour
nous baigner une journée avant de repartir vers le
sud. Nous navons pas eu trop de mal pour sortir de ce
minuscule port, avec toutes les amarres des bateaux.
Dominique a bien fait ça, elle a manuvré
comme une grande. 6 avril Ce matin, Oumâ et Flores
sont supposés quitter Furuna et venir nous
rejoindre dans le lagon du Club Med. Jai hâte.
Hier soir, Carl a eu un problème. En se brossant les
dents, un gros morceau de plombage attaché à
un petit morceau de dent est tombé dans le lavabo.
Ça veut dire quil va être obligé
de retourner à Malé pour se la faire
réparer. Ça veut dire aussi quon va
rester plus longtemps ici... Damien ne file pas aujourdhui, il a
39 de fièvre. Les jumelles et moi, on est
allées à terre, au Club. Les Français
et les Suisses étaient là. On sest
baignés, on a fait de la planche à voile et
du Hoobie Cat. On a bien rigolé.
Depuis qu'on connaît Pierrot, on peut participer aux
activités du Club. On est même invités
aux soirées, comme ce soir. C'est bien, parce que
Carl et Dominique ne sortent jamais le soir, mais là
je vais pouvoir y aller avec nos nouveaux amis. 7 avril Je suis rentrée à minuit.
La soirée cabaret sest bien passée. Dom,
Cédric et Christine étaient venus me chercher
en dinghy. Javais mis ma grande jupe et un petit haut
vert. Il y avait une bonne ambiance. On a dansé, on a
parlé avec un tas de gens et surtout on a bien
rigolé. Jai beaucoup aimé ça.
Ça change du bateau. Nous avons téléphoné
ce matin à Malé pour prendre un rendez-vous
chez le dentiste. Malheureusement ça ne pourra pas
être avant mardi aujourdhui cest
dimanche . Bon, ben, on na quà
rester ici tranquillement, cest tout. 8 avril Il y a eu quelques grains durant la nuit.
Celui du matin a été très violent. Le
ciel est gris et chargé de pluie. Il vente
très fort. Nous récupérons de
leau grâce à notre nouveau
système: une bâche tendue entre les haubans et
les filières, avec un entonnoir au centre. On a
rempli trois bonnes chaudières. On a
intérêt à ramasser beaucoup deau
car elle est rare ici et nous nen avons pas pris
à Malé. Nous navons pas fait grand-chose
aujourdhui à part lire et manger. Moi jai
dormi la plupart du temps. Carl, lui, ne fait plus rien
depuis deux ou trois jours. Il avait mal à la
tête tout le temps. On ne savait pas pourquoi. Alors,
ce matin, il est allé voir linfirmière
du Club. Elle lui a dit quil souffre de
déshydratation et elle lui a donné des sachets
de sels minéraux à mettre dans son eau. Il
doit en boire au moins trois litres par jour. 12 avril Ça y est, on quitte notre beau
lagon. Les Chagos sont à 600 milles au sud, mais on
va longer dautres atolls des Maldives pendant plus de
300 milles. Normalement, on naura pas le droit de
sarrêter sauf si on a un
problème. Oumâ part aussi. Alors
tranquillement on se prépare, on enlève le
moteur de lannexe, on monte la Dynous sur le pont, on
attache tout bien et enfin on lève
lancre. La mer est forte dehors. Il vente pas
mal. On avance bien. Je crois que je vais aller me coucher
un peu. Maintenant, on ne voit plus la terre car
on a piqué au large pour éviter le prochain
atoll. Jai fait mon quart de 7 à 9 heures, et
je suis claquée. Jai juste envie de rejoindre
mon lit. Le vent a forci avec la lune qui sest
levée. 14 avril Je nai pas écrit hier. Je ne
filais pas très bien. Ce matin, ça bouge
ferme. La quille cogne contre le puits. Il va falloir
sarrêter quelque part. Il y a
lénorme atoll de Suvadiva à tribord. Il
fait plus de 110 milles marins de circonférence et il
est rempli de petits îlots. Dominique a sorti la
carte. Je crois, jespère quon va y aller.
Il vente fort, au près, et la mer cogne dur. Moi,
jai légèrement mal au cur.
Cest le bordel à lintérieur.
Depuis hier soir, on navigue avec Oumâ à
vue. Je pense queux aussi veulent se mettre à
labri. 17 avril Fantastique ! Nous sommes ici depuis
déjà trois jours, mouillés devant notre
îlot de rêve. Il y a 45 mètres deau
sous la coque, mais cest pas grave, on est à
labri du vent. Cest superbe comme décor,
vraiment le truc paradisiaque dont rêvent les
touristes. Une île minuscule avec une plage de sable
blanc et des cocotiers qui se penchent au-dessus dun
étroit lagon deau claire... À dix
mètres de la plage, il y a comme une barrière
de corail en miniature. Cest encore plus beau sous
l'eau, avec du corail de différentes couleurs et des
millions de poissons. Damien est fou de bonheur. Tous les
matins, il fait la pêche à la langouste avec
Carl et François dOumâ. Hier, ils
en ont attrapé quatre, avec en plus six poissons.
Carl a blessé un super gros mérou, qui a
coulé au fond, et les requins sont venus le manger.
Sandrine et Noémie ont vu leur premier requin sous
leau et elles ont eu un peu peur. Moi je ne me baigne
plus depuis hier car jai mes règles. Aujourdhui, on a eu de la visite:
un doris à voile avec deux hommes et un petit
garçon. Comme on ne parle pas la même langue,
ils nous ont fait de grands sourires. Je crois que
cest leur île et ils sont venus nous souhaiter
la bienvenue. Ensuite, un des hommes a grimpé en cinq
secondes en haut dun très grand cocotier pour
faire tomber une bonne vingtaine de noix. Ils les a ouvertes
à une vitesse éclair avec sa machette et nous
les a données pour quon boive leau
sucrée. Le petit garçon a essayé les
palmes et le masque de Noémie. Il avait le tuba
à lhorizontale et il avalait plein deau,
mais il avait lair très content. Tout ce temps là, on ne se disait
pas un mot, que des sourires. François leur a offert
des paquets de cigarettes. Ils sont repartis un peu plus
tard. TRÈS GENTILS. On sen va nous aussi, en fin
daprès-midi. Nous allons faire une
dernière escale à Gan, dans latoll
dAddu, à 60 milles au sud. Cest un
village plus petit que Malé, mais où il y a
des douaniers et où on peut sarrêter pour
acheter de leau et des provisions. (©Évangéline De
Pas, La
V'limeuse autour du monde, tome
1
)
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