Un ordre professionnel dès lautomne [1998]
près huit ans
de guerre entre les sages-femmes et le corps médical, Québec
a sonné hier la fin des combats en donnant le feu vert à
la légalisation de la pratique des sages-femmes. Dès septembre
1999, ces dernières auront le plein droit de pratiquer
des accouchements normaux tant dans les maisons de naissance que dans les
hôpitaux du Québec.
Les ministres de la Santé, Jean Rochon, et de la Justice, Serge Ménard, ont ainsi donné suite hier dans leur quasi-totalité aux recommandations faites en décembre dernier par le Conseil dévaluation des projets-pilotes qui souhaitait que soit reconnue la profession de sages-femmes au Québec.
« Ces orientations vont dans le sens de demandes répéta par les femmes et les familles québécoises depuis plus dune vingtaine dannées. Elles représentent laboutissement dun processus dexpérimentation qui sest étendu sur prés de cinq ans », a dit hier le ministre de la Santé, Jean Rochon.
Seul bémol dans la position gouvernementale, Québec ne souhaite pas permettre les accouchements à domicile tant que ne seront pas établies des normes claires de sécurité par lordre professionnel qui regroupera les sages-femmes du Québec. Le Conseil dévaluation sétait au contraire prononcé en faveur daccouchements à domicile, à la condition toutefois que la demeure soit située à moins dune demi-heure dun hôpital. Pour rendre légale la profession de sage-femme, les ministres souhaitent quun ordre professionnel soit créé le plus vite possible, au mieux à lautomne prochain. Entre-temps, le gouvernement a déposé un projet de loi qui permettra que les conditions actuelles dexercice dans les maisons de naissance soient maintenues pour les 40 sages-femmes qui y donnent des services aux femmes enceintes.
Le financement de ces nouveaux services devrait être entièrement assuré par les coffres de lÉtat et demeurer gratuit, selon Jean Rochon. De plus, un appel doffres sera très rapidement transmis aux universités pour quun programme de formation de premier cycle pour les sages-femmes soit instauré dès lautomne 1999.
Inspiré par lexpérience de la Communauté européenne, Québec reconnaît notamment aux sages-femmes le droit de conseiller et dinformer les femmes enceintes, de prescrire certains médicaments autorisés, doffrir des cours prénatals, dassister la mère pendant laccouchement et de surveiller létat du ftus et de faire des épisiotomies. Enfin, les sages-femmes devront aussi, en labsence dun médecin, savoir appliquer certaines mesures durgence. Elles pourront aussi prodiguer tous les soins et le suivi nécessaires pour assurer la santé de la mère et du bébé jusquà six semaines après la naissance.
Québec se trouve ainsi à ouvrir un champs de pratique jusquici à peu près entièrement réservé aux médecins. Les omnipraticiens sacquittent à lheure actuelle denviron 40 % des accouchements au Québec tandis que les gynécologues dont le litige sur les salaires et lassurance professionnelle avec Québec est loin dêtre réglé en réalisent 60 %. Le Collège des médecins (1), quant à lui, sest déjà prononcé en faveur des sages-femmes mais mettait un peu deau dans son vin en février dernier en suggérant que des études sur la mortinatalité se poursuivent avant de légaliser la pratique.
Il aura fallu huit ans pour que Québec passe du vu à laction dans ce dossier. En 1990, un projet de loi prévoyant la tenue de projets-pilotes dans des maisons de naissance était adopté par lAssemblée nationale. Mais en raison de lopposition farouche de la communauté médicale aux accouchements pratiqués hors des hôpitaux, plusieurs années ont été nécessaires avant que ces projets ne démarrent vraiment. Depuis louverture de la première maison de naissance à Gatineau en 1994, quelque 3 000 grossesses ont depuis été suivies et menées à terme dans les huit maisons de naissance de la province.
| (1) | « Collège des médecins » : anglicisme fréquemment utilisé au Québec pour « Ordre des médecins ». |
Dernière mise à jour : 30 décembre 1999, 11h33