Un groupe dexperts recommande au gouvernement du Québec de légaliser la pratique des sages-femmes
ept ans après
ladoption de la loi instaurant des projets-pilotes sur les sages-femmes,
le conseil chargé dévaluer ces projets recommande au gouvernement
de légaliser la pratique des sages-femmes, et cela, autant à
lhôpital, à domicile quen maison des naissances.
Hier, le Conseil dévaluation des projets-pilotes, présidé par le Dr Alain Poirier, a déposé un rapport hautement favorable à la légalisation du métier de sage-femme, traçant un bilan plus que positif des quelques 2200 grossesses suivies par ces professionnelles depuis louverture de la première maison des naissances, à Gatineau ne 1994.
« Selon notre analyse, cest une pratique aussi sécuritaire que celles dautres praticiens de la santé. Le débat doit se faire sur la place publique, mais on pense quil y a aujourdhui assez de données pour légaliser cette profession », a tranché hier le Dr Poirier. Le conseil dévaluation était constitué de 12 membres, dont deux sages-femmes, deux usagères, un obstétricien-gynécologue et une infirmière.
Dans ses recommandations, le conseil presse le Québec de créer au plus dici un an un ordre professionnel exclusif qui définira le champ de pratique et édictera les conditions dexercice et de formation des sages-femmes au Québec.
Il est recommandé que les sages-femmes deviennent les professionnelles de première ligne, aux côtés des médecin de famille, pour suivre les grossesses et réaliser des accouchements considérés comme sans risque. Elles pourraient pratiquer à domicile et en maison des naissances, ainsi quà lhôpital où elles obtiendraient un privilège de pratique. Dans tout lieu, la sage-femme devrait être assistée dune professionnelle reconnue par la loi.
Le consil met toutefois un bémol et souligne que les accouchements hors des hôpitaux ne devraient être autorisés quà certaines candidates et si le domicile ou la maison des naissances sont situés à moins dune demi-heure dun hôpital.
Enfin, on prône la mise en place le plus tôt possible de programmes de formation de premier cycle universitaire pour former des recrues, puisque seulement 40 sages-femmes sont habilitées à pratiquer au Québec à lheure actuelle.
Somme toute, le conseil a rendu un rapport unanime sur presque toute la ligne, hormis le lieu de pratique des sages-femmes.
Dans sa dissidence sur un point du rapport, le Dr Gilles Bernier, représentant des obstétriciens-gynécologues, soutient que les sages-femmes ne devraient pratiquer que dans les départements dobstétrique des hôpitaux ou dans des maisons des naissances situées à lintérieur des hôpitaux.
Malgré la guerre de clochers systématique quont menée les obstétriciens contre limplantation des projets-pilotes, le président du conseil a bon espoir que ce rapport sera suivi. « Nous avons une expérience de sept ans avec les sages-femmes. Nous avons des résultats encourageants. On pense que les résistances du passé devraient tomber. De plus en plus daccouchements normaux devront être faits par des professionnels de première ligne », estime le Dr Poirier.
À lheure actuelle, les médecins de famille sacquittent denviron 40 % des 84 000 naissances annuelles au Québec, et les obstétriciens-gynécologues, spécialisés dans les grossesses à risque, soccupent du reste. Moins de 1 % des naissances ont lieu à domicile ou en maison des naissances.
Le rapport du conseil est par ailleurs doublé dune étude comparant 1 000 naissnces suivies par des sages-femmes, que le conseil juge tout à fait favorable à ces dernières.
Selon le Dr Poirier, on a constaté deux fois moins de césariennes chez les femmes suivies par des sages-femmes et 70 % moins de déchirures graves. On a relevé un taux moins élevé de bébés de petits poids et prématurés chez le groupe sages-femmes, mais aussi un plus grand nombre de ftus morts en cours de grossesse (15 sur 2 272 naissances) et de difficultés respiratoires chez les nouveaux-nés. Mais les cas, note le conseil, sont trop peu nombreux pour être concluants.
Par ailleurs, le quart des grossesses suivies en maison des naissances ont donné lieu à des transferts avant, pendant et après laccouchement, dont 13 % étaient considérés urgents. Un taux similaire à ce qui est observé dans dautres pays où la pratique de sage-femme est légalisée, estime le conseil. Enfin, on évalue quil en coûte 2 293 $ pour le suivi prénatal et postnatal et laccouchement assisté par une sage-femme et 3 020 $ pour le travail réalisé par le médecin.
Hier, le Regroupement des sages-femmes du Québec sest réjoui de ce rapport qui, espère-t-on, ouvrira enfin la porte à une pratique normale et reconnue. « Ce sont de bonnes nouvelles car on reconnaît que les femmes ont le choix daccoucher où elles veulent. Tout ce quon veut, cest quon aille de lavant rapidement », a dit hier Lucie Hamelin, présidente du regroupement.
Dautres part, cette dernière ne craint pas dopposition farouche du corps médical. « La position des obstétriciens-gynécologues na jamais changé, ajoute-t-elle, mais nous avons une bonne collaboration avec les médecins de famille. »
Les recommandations du rapport sadressent au ministre de la Santé et au ministre de la Justice, qui devront annoncer, dici mars 1998, sils entendent permettre ou non la pratique des sages-femmes.
Dernière mise à jour : 30 décembre 1999, 11h31