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Préjugés, manque dintérêt et approximations caractérisent une bonne partie de ce qui sécrit sur le Québec
Jean Dion
Le Devoir
Dernier de deux articles
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Québec aussi antisémite quil y a 50 ans. » « Vitrines
vides, portes barricadées et, graffitis haineux. » « Salut
Montréal, et adieu pour toujours ! » Tirées
respectivement de la Süddeutsche Zeitung, de la Frankfurter
Allgemeine Zeitung et de Die Welt, les trois plus grands quotidiens
allemands, ces citations récentes donnent-elles le ton de ce qui
se publie à létranger sur le Québec ?
Il serait exagéré de laffirmer même sil est juste de constater que les nationalistes québécois doivent combattre de forts préjugés dans la presse étrangère. Toutefois, dans les grandes lignes, davantage que dhostilité, il faut parler dun relatif désintérêt pour le Québec, voire de préjuges baignant dans la distraction et lapproximation.
Au cours des quatre derniers mois, dans la presse française, britannique ou américaine, les articles à dominante économique (gros supplément « Québec » du Financial Times de Londres le 12 novembre 1996) ou culturelle (gros titres sur Céline Dion, Kevin Parent et Gaston Miron) ont eu, par exemple, plus dimportance que les articles socio-politiques même laffaire Roux et léquipée Galganov ne donnant lieu, en fin de compte, quà une poignée darticles. « Le Canada est un beau pays. Pourquoi vouloir le défaire ainsi ? » demandait un interlocuteur de Die Welt largement cité par le quotidien allemand en avril 1996. Cest ainsi quune fois la distraction et le désintérêt surmontés, cest la surprise et lincrédulité qui sont les principaux registres de la presse étrangère, devant le phénomène dun pays réputé démocratique et moderne qui fait face à la possibilité sérieuse dune sécession en son sein.
Aux États-Unis, on constate une hostilité mesurée mais assez constante à légard des indépendantistes, avec quelques flammes éditoriales (notamment dans le Wall Street Journal ou encore dans le Baltimore Morning Sun du 3 décembre dernier, qui y allait dune charge furibonde intitulée « Quebec Nationalism Turns Ugly »).
Mais en général, un certain professionnalisme factualiste limite leffet déformant du parti pris « pro-unité canadienne » généralement sous-entendu. Autrement dit, la légitime préférence pour un point de vue contre lautre, telle quelle a pu sexprimer dans le New York Times ou le Washington Post, na pas entraîné de suspension de la déontologie journalistique.
Au Mexique, où cest la question du libre-échange qui conditionne à peu près tout ce quon écrit sur le Canada, on note très peu dhostilité anti-indépendantiste si ce nest dans quelques papiers incendiaires du petit Mexico City Times de langue anglaise.
On peut même retrouver, à loccasion, des pointes de sympathie, sans doute inspirées par le traditionnel patriotisme anti-yankee. Des journaux comme La Jornada et Proceso ont publié, à lépoque référendaire, des articles et interviews présentant le point de vue du OUI avec bienveillance.
Deux pays se distinguent, en Europe, par le caractère parfois farfelu, si ce nest carrément hostile, de leur couverture du phénomène nationaliste québécois : lAllemagne et lItalie. Deux pays où, justement, le Québec a fermé ses représentations en 1996.
On a déjà largement cité les articles publiés début 1997 par deux grands quotidiens allemands, la Süddeutsche Zeitung de Munich et la Frankfurter Allgemeine Zeitung de Francfort.
On aurait pu ajouter à ce dossier un article publié en avril 1996 par Die Welt, troisième grand titre quotidien allemand, intitulé « Salut Montréal, et adieu pour toujours! » reprenant les poncifs sur lintolérance nationaliste galopante et leffondrement économique qui en résulterait. « Dans la ville dont le nom était autrefois synonyme délégance cosmopolite, la haine se répand », écrivait le journal selon lequel il y aurait à Montréal une véritable épidémie de graffitis « Anglos go Home ! ».
Le Congrès juif canadien, le directeur de lInstitut Goethe de Montréal, des universitaires allemands ainsi que plusieurs particuliers (notamment des Québécois dorigine allemande) ont protesté contre ces excès.
Ingo Kolboom, responsable des études québécoises à lUniversité de Dresde, a son idée sur ces « dérapages médiatiques ». Il déclarait tout récemment lors dun colloque : « Abstraction faite de la sympathique ignorance [des Allemands] face aux situations canadiennes, qui se mêle à une certaine arrogance (du genre « les Canadiens sennuient, mais pas nous Européens car nous avons bien sûr nos crises et nos guerres »), cette sympathie change du tout au tout lorsquil sagit du Québec. Placer, comme la Sächsische Zeitung de Dresde, la « fierté ethnique » sur « le chemin qui mène à la haine de létranger » ce nest pas simplement une fâcheuse simplification des mécanismes de la xénophobie. Cest aussi un procès dintention contre un pays [ ] dont certaines tendances xénophobes ne sont certes pas le problème des seuls Canadiens francophones. »
Au Royaume-Uni le vénérable Economist mis à part la presse a des humeurs plutôt vilaines face au nationalisme québécois. Certaines approximations factuelles ont suscité, au cours des derniers mois, de nombreuses réponses de la Délégation du Québec à Londres. Le 19 novembre dernier, la Délégation répondait au Jewish Chronicle sur lantisémitisme au Québec. Le 27 janvier, au Guardian qui avait doublé les chiffres du déficit public du Québec. Le 26 janvier, au Scotland on Sunday sur la politique linguistique en matière daffichage. Le journal avait fait le lien entre la loi 101 et la fermeture dune boulangerie à Verdun
On a cité le fait de la prépondérance de langlais et donc du reflet préférentiel des points de vue anglophones locaux comme déterminant dans les inflexions de la presse étrangère. Mais ce nest pas la seule façon dexpliquer la tonalité de ces articles. Parce quil y a des exceptions.
Exemple : en Écosse anglophone, on a senti, à lépoque du référendum, une certaine sympathie pour les souverainistes québécois. Le Scotsman avait ainsi multiplié les parallèles entre les nationalistes écossais et québécois.
Autre exemple dune presse résolument « pro-nationaliste québécoise », dans un monde qui y est généralement hostile ou indifférent : la presse de Barcelone, quelle soit de langue catalane ou de langue espagnole.
Les articles dEnric Fossas publiés par Avui en langue catalane, puis par lédition barcelonaise de El País, ont témoigné dune ouverture plutôt sympathique au nationalisme québécois. Plus encore : pour certains nationalistes catalans, les Québécois sont de véritables héros dont le cheminement et les conquêtes linguistiques représentent un exemple à suivre.
Tout le monde tend naturellement à chercher des comparaisons chez soi. Certains Allemands, sans doute inspirés par la mauvaise conscience nationale, tendent à magnifier lantisémitisme, à manier le procès dintentions à partir de quelques faits isolés.
Chez des Italiens restés moins traumatisés par leur passé, des parallèles plus contemporains sont souvent établis avec la Ligue du Nord « sécessionniste » du très coloré Umberto Bossi, une formation dont le sérieux est souvent remis en question par les commentateurs romains.
Bossi lui-même, dans une entrevue accordée en octobre 1995 à LUnità, exprimait sa sympathie pour la cause souverainiste. Il nen fallait pas plus pour conforter les forts préjugés quon entretient à Rome contre le nationalisme québécois.
Un autre point important de la couverture italienne sur le Québec couverture au demeurant clairsemée en dehors des périodes « chaudes » est la prépondérance des Italo-Canadiens comme sources et comme références. De grands quotidiens comme La Stampa et La Repubblica ont même publié des articles censés donner une idée générale de la conjoncture québécoise, mais uniquement basés sur les points de vue très orientés de cette communauté ou de certains de ses membres.
La non-citation des sources francophones, dans les articles étrangers sur le Québec, nest pas nécessairement le fait dun « complot », ou dun a priori décisif sur le plan idéologique. Plus simplement, il sagit dune ignorance toute bête des réseaux francophones, et dune ignorance de lidiome français lui-même.
Mais il y a des exceptions à cette règle, et lignorance nest pas toujours innocente. Par exemple, lorsque le mensuel américain Harpers se fend, en avril 1996, dun long article intitulé « After the referendum, a chill descends on Montreal », avec ton funeste, anecdotes sur lintolérance montante et décadence économique, tout converge pour dresser un tableau menaçant, tant sur le plan financier que sur celui des libertés.
Que dire des sources francophones dans cet article ? La directrice du Devoir, Lise Bissonnette, rapporte une anecdote intéressante. Elle a accordé une longue entrevue de fond à lauteur de cet article « postréférendaire ». Entrevue dont pas un seul élément avec ou sans guillemets napparaît dans le long reportage finalement publié.
« Il y a une solitude du Québec qui est assez touchante », déclarait au Devoir, il y a quelques années, lécrivain et philosophe français Alain Finkielkraut. Si M. Finkielkraut voulait par là signifier quil ny a pas, dans les médias et lopinion publique mondiale, de « cause québécoise » comme il y a (ou comme il y avait) une « cause palestinienne », une « cause anti-apartheid », ou une « cause des Indiens dAmérique », il a largement raison.
Mais peu à peu malgré de nombreuses exceptions et malgré des préjugés toujours défavorables la vision du Québec comme une bizarrerie irritante, un cas dultranationalisme haineux, un caprice denfant gâté ou une simple persistance folklorique, recule lentement dans les perceptions étrangères. Lentement
Dernière mise à jour : 30 décembre 1999, 0h04