Publié dans « La Rotonde » (Université dOttawa) du 2 février 1999
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Cette lettre fut proposée initialement au magazine ci-identifié. Or la rédactrice en chef, Mme Linda Scales (unilingue anglaise à quelques mots près), en refusa la publication. Voici donc cette courte réflexion rédigée le 21 décembre 1998, suivie de la dernière communication (sans réponse) que jacheminai un mois plus tard avant de rendre la présente publique à la même destinataire. |
On est locataire
Dun sous-sol ou dun balcon
Mais le loyer coûte trop cher
On va sbâtir une maison.
Georges Dor, Pays et paysages
titre d« ancien »
de lUniversité dOttawa y ayant acquis mes premiers diplômes
avant de poursuivre et compléter mes études à lUniversité
Laval de Québec , je reçois périodiquement le
magazine « bilingue » Tabaret. Cette revue trimestrielle
nous informe de la vie universitaire outaouaise. On y a en outre, dans
la fort bien garnie rubrique « Personalia »,
loccasion de prendre des nouvelles de nos collègues dautrefois, désormais
forcément disséminés aux quatre horizons.
Or je fus toujours étonné, pour dire le moins (1), et ce depuis maintenant de nombreuses années, de constater combien il est fréquent de lire des informations en anglais sous la plume de francophones rédigeant un mot sur leur propre compte ; alors que la situation inverse (une note française de la main dun/e anglophone) ne se produit jamais ou sinon de manière exceptionnelle, à telle enseigne que javoue ne pas me souvenir dun seul cas. Ce nest jamais sans un pincement au cur que jassiste, impuissant, à pareil comportement.
Signe des temps où le Canadian Bilingualism se révèle surtout être celui des francophones, des Québécois en particulier ? Reste que le phénomène devient de moins en moins isolé. À lire la dernière livraison, celle de la saison qui débute en cet aujourdhui du 21 décembre, il faut bien se rendre à lévidence que pour un nombre croissant de francophones du Québec, du Roc ou dailleurs, et de surcroît instruits en principe dune conscience culturelle honorable , la langue maternelle semble être fort peu appelée à se traduire et se perpétuer en langue filiale.
Face à un pareil déni de soi, dans son être identitaire le plus constitutif (renier sa langue maternelle, nest-ce pas en quelque sorte renier sa propre mère ?), mon sentiment ne sapparente plus à un pincement au cur.
Il se nomme désormais tout en un chagrin et indignation enlacés.
21 décembre 1998
(1) On mautorisera cet anglicisme de forme
Mme Linda Scales
Rédactrice en chef
Magazine Tabaret
Université dOttawa
Objet
« De
la faim à la fin de Soi. Le français, langue à traduire
en justice ? »
Mme Scales,
Jestimais sain de faire paraître le court commentaire dont il est ici question et que dailleurs, à tout hasard, je joins de nouveau à la présente sous fichier annexé.
Visiblement, sauf erreur, ces quelques lignes semblent vous embarrasser. Ce que au reste je ne comprends définitivement pas. Nest-il pas propre à une démocratie de présenter des phénomènes hautement « discutables » (tous sens confondus) de manière à initier une réflexion et amener quelquefois, le cas échéant, une réelle remise en question de comportements douteux et/ou malheureux ?
Votre attitude métonne au plus haut point, a fortiori si elle témoigne effectivement de la crainte des idées et des débats. Et de surcroît lorsquil sagit de dignité dune part, dune collectivité universitaire dautre part (et par là même sensible, comme par définition, à des propos semblables ou analogues à ceux que je vous soumets).
Au moment où je vous écris, dautres supports médiatiques sont prêts à publier mon petit texte (sans compter laccès public à grande échelle par Toile inforoutée interposée). Comme déjà dit, et pour des raisons évidentes, je privilégie Tabaret. En priorité. Mais je ne peux plus attendre indéfiniment votre décision, voire vos tergiversations. En conséquence, si dans les prochaines heures je nai pas de nouvelles positives de vous, Mme Scales, je donnerai le feu vert dès demain, le mardi 19, à la publication en dautres lieux.
Pour ma part, je regretterais ferme quun instrument « universitaire » se révélât à ce point timoré et velléitaire. Et si dans mon texte jesquinte un tantinet le comportement de certains membres de la communauté des Anciens, cest la direction toute entière de Tabaret qui deviendra alors objet de critique (sinon de dérision) si lun desdits Anciens doive en passer par « lextérieur » pour émettre une banale opinion fort curieusement « interdite » à lintérieur.
Pas très « liberté intellectuelle » que tout ceci, madame. On en conviendra. Surtout que lon sait, au sein des sociétés, combien les bâillons du silence transforment avec force régularité celui-ci en grenade à retardement. Inévitablement, sinon toujours avec célérité. La rectitude politique qui cherche tant à ignorer tous les feux qui couvent, faute ou de les assumer ou de les maîtriser, constitue elle-même une allumette de choix près du baril de poudre qui nen peut plus de ne pas exploser.
La grande leçon que lon peut retenir de lHistoire, disait limmense Hegel, cest quelle nen retient aucune
Merci.
Jean-Luc Gouin
Lac-Beauport (Québec)
Ancien (1980 et 1986)
Ce 18 janvier 1999
| CC : | |
| P.S. | Jean-Luc Gouin est à nouveau revenu à la charge sur le sujet quelque seize mois plus tard (avril 2000) dans « Acculturation volontaire ». |
Dernière mise à jour : 11 janvier 2001, 17h22 HNE.