e salue sincèrement la
belle initiative des « Carnets didactiques ».
Merci!
Aussi, compte tenu de vos intérêts ainsi que du public auquel vous vous adressez, je mexplique difficilement que, selon votre adresse, on se retrouve non pas en Belgique, mais bien en Belgium.
Du même élan, permettez-moi de vous suggérer « adrélec / courriélec » et « Site » plutôt que « E-mail » et « Web ». Entre francophones, on peut bien se donner un coup de main
Ces termes « franglais » font tout simplement partie du décor belge, qui comme vous lignorez peut-être, est divisé entre Belges du nord (Flamands, parlant flamand) et Belges du sud (Wallons parlant français). Une série de termes, informatiques ou non, sont utilisés sciemment en anglais pour éviter les problèmes de double-traduction.
Utiliser « adrélec », en Belgique, est le meilleur moyen de sattirer un maximum de sarcasmes et de se faire cataloguer, non comme défenseur de la langue (initiative à laquelle nous adhérons) mais bien comme extrémiste linguistique!
La Belgique est déjà très fortement engagée dans le processus de séparation (dans moins de 10 ans, le pays éclatera en 2 ou 3 « pays » indépendants) et ce nest vraiment pas le moment de jeter de lhuile sur le feu.
Donc, nous utilisons un langage adapté au public local!
Bien à vous,
Rebonjour M. David,
Je vous remercie davoir répondu à mon courriélec. Je ne veux pas nous entraîner dans un va-et-vient continuel sur ces questions. Jai seulement voulu vous sensibiliser à la question. Au reste, ce qui se passe dans votre pays, strictement parlant, ne me regarde pas sinon à titre de concitoyen de la francophonie mondiale et de réel ami de la Belgique. Sans plus.
Bien sûr que je nignore pas la situation politique et (pluri-)linguistique de votre pays. Plus dun ne manquent pas, de part et dautre, détablir des liens entre nos deux problématiques collectives. Au demeurant, jai foulé votre sol à quatre reprises et jy ai même travaillé. Et outre le flamand et le français, on pourrait ajouter assurément la troisième langue officielle, lallemand, pour un petit bout de territoire au royaume des Beaudoin et des Léopold.
Cela dit, permettez que je réagisse rapidement à deux ou trois de vos remarques. Non par confrontation mais par peine, par douleur. Littéralement.
Vous écrivez :
Ces termes « franglais » font tout simplement partie du décor belge [ ] Une série de termes, informatiques ou non, sont utilisés sciemment en anglais pour éviter les problèmes de double-traduction [ ]
Cest extrêmement lourd de sens ce que vous écrivez là, M. David.
1. Ne croyez-vous pas que « le décor belge » est un décor qui renvoie à des décisions, des volontés, des intérêts et des actes qui sont entre les mains des Belges? Et que ce décor ressemblera à ce que désirent les Belges et eux seuls si les Belges le désirent vraiment? Ce sentiment de fatalisme, de « déjà-là », métonne et me chagrine beaucoup de la part dun peuple fier comme le vôtre. Ne voyez-vous pas, précisément, que vous nhabitez pas un décor belge, mais un décor imposé de lextérieur; et que vous vous appropriez ensuite, dans un temps second, pour bientôt le qualifier de « belge »? Quand les Québécois parleront tous anglais à leurs enfants, ceux-ci diront candidement que langlais est la langue des Québécois. Tout simple et sans douleur. Sans tranchées ni canons.
2. Conséquence directe de cette attitude : « éviter les problèmes de double-traduction ». Monsieur, je vous en conjure, réfléchissez bien à ces propos tenus! Votre nation a été construite essentiellement comme le Canada dailleurs sur les fondations de deux langues et de deux cultures. Or, pour soi-disant « régler » la difficulté dune pareille coexistence, vous proposez (ou acceptez à tout le moins) de carrément les éliminer en faisant intervenir un tiers élément, étranger aux deux autres. En clair, cela signifie que pour éviter les conflits entres brebis, rien de tel que de faire entrer un loup dans la bergerie! Et bientôt on inventera un troisième sexe, identique pour tous, afin de mettre fin à la guerre des sexes? La logique de votre argumentation, Monsieur David, est extrêmement lourde de conséquence. À terme, elle implique quil ne doit y avoir quune langue pour tous. Une fois la Belgique « nettoyée », il faudra en toute cohérence « nettoyer » lEurope, et enfin la Planète : LAnschluß universel! De la sorte, il ny aura plus de problèmes de traduction (il se parle près de 6000 langues actuellement). Nous serons tous Américains. No Problems anymore
Vous dites également :
Utiliser « adrélec », en Belgique, est le meilleur moyen de sattirer un maximum de sarcasmes et de se faire cataloguer, non comme défenseur de la langue (initiative à laquelle nous adhérons) mais bien comme extrémiste linguistique!
3. Voilà dores et déjà une conséquence immédiate et fort concrète de votre argumentation, Monsieur : il est préférable, pour des francophones (!), de parler anglais plutôt que de concevoir un vocabulaire français pour appréhender de nouvelles réalités. Monsieur, est-il ridicule dutiliser le vocable « automobile »? Et pourtant ce terme nexistait pas avant les Ford, les Benz et les Daimler Pourquoi dites-vous pare-chocs, essuie-glaces, pare-brise, clignotants, pneus et freins plutôt que : bumpers, wipers, windshields, flaschers, tires and brakes??? Seriez-vous donc un extrémiste qui signore? Si opter pour des mots français, Monsieur David, signifie désormais « être extrémiste », eh bien nous sommes de plain-pied dans le « Brave New World » de Huxley. Et sans vouloir vous blesser personnellement, javoue que de lire pareille réflexion du clavier dun francophone me fait hésiter entre la colère et les larmes. Être soi-même si ce « soi » nest pas anglais est devenu : être extrémiste. Relisez-vous bien, M. David. Car cest exactement ce que vous dites. Et maintenant, demandez-vous où sont les vrais extrémistes
Vous ajoutez :
La Belgique est déjà très fortement engagée dans le processus de séparation (dans moins de 10 ans, le pays éclatera en 2 ou 3 « pays » indépendants) et ce nest vraiment pas le moment de jeter de lhuile sur le feu. [ ] Donc, nous utilisons un langage adapté au public local!
4. Là, Monsieur, permettez de considérer que vous mélangez le jus de prunes et lhuile à moteur. Je compatis avec la situation politique de la Belgique (jespère que vous faites de même avec les Québécois ). Mais je ne vois pas du tout ce en quoi le reniement de soi de sa langue et de sa culture peut aider à éviter de sombres lendemains. Au contraire. Et infiniment! « Public local », dites-vous? Mais je ne parle précisément que de ça! Sauf que je ne vois quune inversion-perversion de ce rapport : un public adapté, écrasé, dominé, maté par un langage que, justement, il na jamais choisi. Affirmer que le langage est « adapté au public », Monsieur, cest fabuleusement hors de toute réalité.
5. Épilogue. Il mest davis que la dignité comme la vérité et lamour, dailleurs ne recèle que des propriétés positives. Associer cette haute qualité de lâme, dont sont capables les meilleurs hommes de lHumanité, à de « lhuile sur le feu », Monsieur, démontre à nen pas douter que nous ne parlons plus deux langues différentes, vous langlais et moi le français. Nous parlons les langues de deux planètes différentes.
Totalement intraduisibles lune de lautre. (Vous aviez raison : Fini! les problèmes de traduction)
Et moi qui croyais que les Européens francophones étaient mes frères Car, en effet, jai trop loccasion de constater que votre opinion est partagée par la large majorité des dizaines de millions de vos concitoyens du Continent. Je conviens donc que vous nêtes pas seul. Cest moi qui suis bien seul. Face à vous et face à tous. Pas très confortable pour léquilibre psychique, nest-ce pas? Surtout que lon sait que la normalité se définit par la norme du plus grand nombre
Or tout à fait péremptoirement, je dirai : LErreur de Tous ne produira jamais une once de la Vérité dun Seul.
Et je ne mappelle pas Jésus-Christ, ne craignez rien. Comment dit-on Adieu! en anglais?
Jean-Luc Gouin, Québec, 16 février 1997.
Dernière mise à jour : 29 décembre 1999, 20h16