







11
décembre 1931
- Indépendance du Canada par le Statut de Westminster.
-
1931
- Le gouvernement adopte quelques recommandations du rapport
Dorion et amende le Code civil pour permettre aux femmes mariées
davoir pleine autorité sur leurs salaires
personnels. « Dorénavant, une épouse
mariée sous le régime de la communauté de biens est
la seule à pouvoir toucher largent quelle gagne et à administrer
ou disposer des biens quelle achète avec cet argent. »
Jusque là « selon le Code civil, le salaire de lépouse
mariée sans contrat tombe dans la communauté et le mari est
libre den disposer comme il lentend. Il peut même demander au gérant
de banque de lui remettre les économies de son épouse. La
commission Dorion a estimé que, vers 1930, 80 % des mariages
se font sans contrat. [
] Bien que moins de 10 % des épouses
travaillent en dehors du foyer, celles qui le font sont souvent celles
qui ont un besoin urgent de revenus. » [LHistoire
des femmes au Québec, Collection Clio, 1992, p. 351]
-
18
décembre 1932
- En pleine crise économique, Yvonne
Maisonneuve (* 20 avril
1903 25 décembre 1980)
ouvre une maison sur la rue Fairmount à Montréal, un « lieu
de dépannage immédiat et inconditionnel »
où elle accueille filles et femmes en difficultés ou en détresse.
Son oeuvre incorporée le 28 février
1936 sous le nom de Notre-Dame de la Protection est devenue
aujourdhui lassociation dentraide Le Chaînon. Aujourdhui,
en 1999, Le Chaînon, au
4373 avenue de lEsplanade, est encore « un de ces lieux
de dernier recours qui accueille sans les juger les laissées-pour-compte
de la société québécoise ».
Depuis sa création en 1932,
le Chaînon a soutenu quelque soixante mille femmes. [Sylvie
Halpern, Le Chaînon. La maison de Montréal, Stanké
1998]
-
- 1935
- Le Collège Marie de lIncarnation
de Trois-Rivières, fondé par les Ursulines, dispense le cours
classique aux jeunes filles. Linstitution est affiliée à
la Faculté des Arts de lUniversité Laval.
- Léa Roback
[1903-] ouvre à Montréal
la première librairie marxiste de Montréal, le Modern
Bookshop, qui est la cible de constantes perquisitions policières.
Militante infatigable, « elle na jamais cessé dagir
pour contrer loppression sous toutes ses formes [
] elle a consacré
sa vie à la défense de grandes causes telles que la lutte
des femmes, la paix, lantiracisme, la défense des droits et libertés
de la personne et, en particulier, les droits des travailleuses et des
travailleurs qui ont été au centre de son action. »
(Voir aussi 15 avril 1937) [Demczuk,
Irène. in : Ces femmes qui ont bâti Montréal,
Remue-ménage, 1994, p. 228-229.]
1936
- Dorothea Palmer
est arrêtée et accusée
en vertu du Code criminel qui interdit toute promotion
et vente de matériel contraceptif. À Eastview
(aujourdhui Vanier), banlieue canadienne-française de la région
dOttawa, linfirmière, employée par le Parents Information
Bureau de Kitchener, visite les familles nombreuses pour leur offrir
du matériel contraceptif ainsi quune brochure décrivant
pas moins dune douzaine de méthodes contraceptives. [Source :
Histoire des femmes au Québec, Collectif Clio, p. 267
et http://web.idirect.com/~cbctrust/CHRONOLO.PT1.html]
1937
- Loi dassistance aux mères nécessiteuses :
au début des années 30, la commissions
Montpetit recommande au gouvernement du Québec dadopter
une loi dassistance aux mères nécessiteuses. Les promoteurs
de la loi, des médecins, des féministes et des travailleurs
sociaux, soutiennent fortement que le noyau familial est le meilleur environnement
pour éduquer lenfant. Leur vision marque une rupture avec les pratiques
antérieures qui privilégiaient les orphelinats et les refuges.
Instituée par le premier ministre Maurice
Duplessis, la loi québécoise est plus sévère
que celle suggérée par la commission Montpetit. Elle impose
aux mères davoir au moins deux enfants de moins de 16 ans, dêtre
mariées, dêtre sujets britanniques depuis au moins quinze
ans (la commission recommandait 3 ans) et davoir résidé
dans la province durant les sept dernières années. Il faut
produire deux certificats : lun provenant dun ministre du culte,
lautre dune personne désintéressée et faire preuve
de sa pauvreté. On exclut donc les mères séparées,
divorcées ou dont le mari est en prison, ainsi que les immigrantes
récemment arrivées. En 1938, le gouvernement secourent 5 000
femmes chefs de famille en distribuant 2 000 000 $ (400 $
par famille en moyenne). La même année lOntario secourt 12 000
femmes et dépense 5 000 000 $.
1937
- Laure Gaudreault fonde la Fédération
catholique des institutrices rurales. En 1936, suite de la décision
du gouvernement de ne pas donner suite aux promesses daugmentations de
salaires faites aux institutrices, Laure Gaudreault
(1889-1975) qui enseigne depuis trente ans profite dune conférence
pédagogique pour exposer son projet dassociation pour lequel elle
recueille vingt-neuf signatures. Elle parcourt le diocèse de Chicoutimi
et fonde trois autres associations. Le 19 février 1937 naît
la Fédération catholique des institutrices
rurales. Le siège social est établi à La
Malbaie et Laure Gaudreault devient
ainsi « permanente syndicale » à 450 $
par année. Jusquen 1943, la lutte est menée particulièrement
sur le front des salaires. Cette fédération est lancêtre
de la CEQ actuelle.
15
avril 1937
- 5 000 ouvrières de la robe dressent des lignes de piquetage
devant des centaines de petits ateliers du bas de la ville dans le quadrilatère
formé par les rues Bleury, Peel, Dorchester et Ontario. Première
à défier la fameuse « loi
du cadenas », cette grève durera vingt-cinq
jours, malgré les menaces de déportation proférées
à lendroit des responsables syndicaux. La reconnaissance du syndicat
est finalement obtenue et un premier contrat de travail sera signé,
octroyant aux ouvrières une semaine de 44 heures et un salaire moyen
de 16,00 $ en remplacement de la semaine de 60 heures pour
un salaire variant de 6,00 $ à 12,50 $.
Cétait une victoire pour Léa Roback
et sa compagne Rose Pesotta, qui malgré
les campagnes dintimidation des patrons et les menaces dexcommunication
proférées par le clergé, avaient réussi à
convaincre les familles des jeunes ouvrières du bien-fondé
du syndicalisme. [Demczuk, Irène. in : Ces
femmes qui ont bâti Montréal, Remue-ménage, 1994,
p. 228-229]
1938
- La Commission Turgeon sur lindustrie
textile recueille les plaintes des travailleuses. Elles dénoncent
encore une fois la mauvaise ventilation, la poussière, lhumidité,
la malpropreté, le bruit et linsuffisance de lieux sanitaires;
mais les améliorations sont longues à venir.
Françoise Gaudet
(Françoise Gaudet-Smet) fonde
la revue Paysana (1938-1949). La revue est « surtout
écrite par une seule personne, lénergique Françoise
Gaudet, et sadresse aux femmes rurales. Tout en glorifiant
les activités traditionnellement féminines (femmes reines
du foyer, agricultrices, enseignantes), elle réclame pour les femmes
une reconnaissance de leurs contributions professionnelles à la
vie sociale et des conditions de travail qui vont de pair avec cette reconnaissance »
[Boisclair, Isabelle, LÉdition féministe
au Québec: les éditions de la Pleine Lune et les éditions
du Remue-Ménage, 1975-1990, p. 81]. Madame Gaudet-Smet
a préparé le terrain pour les femmes (AFEAS
1975-1976) qui poursuivront la réflexion et exigeront dêtre
reconnue légalement comme femmes collaboratrices du mari dans les
entreprises à but lucratif.
juin 1938
- « À linstigation de la Ligue
des Droits de la Femme, des femmes participent pour la première
fois dans notre histoire politique à un congrès de parti
(Parti libéral du Québec). Sur plus de huit cents délégués,
quarante seulement étaient de sexe féminin, mais malgré
ce petit nombre, leur présence est remarquée, particulièrement
dans le comité de résolutions et dans celui de léducation.
Elles proposent dinclure au programme du Parti libéral luniformité
et la gratuité des livres scolaires ainsi que lenseignement obligatoire. »
À ce congrès Thérèse
Casgrain fait inscrire le vote féminin au programme du
parti. Le comité des résolutions endossera la proposition
et lassemblée générale la ratifiera. [Thérèse
Forget-Casgrain, Une femme chez les hommes, p. 124-125]
-
- 1938-1951
- Le kiosque Protection de la jeune fille
est installé dans les gares de Montréal pour accueillir les
jeunes filles qui arrivent de la campagne pour se chercher un emploi dans
la grande ville. Elles sont dirigées vers des ressources dhébergement
sécuritaire. Ce service aux gares a été assuré
par le groupe dYvonne Maisonneuve.
(Voir 1932) [Halpern, Sylvie, Le Chaînon.
La maison de Montréal, Stanké, 1998]
-
- février 1939
- La Commission scolaire de Jonquière adopte une résolution
par laquelle elle reconnaît lAssociation
catholique des institutrices rurales du district no
28 comme interlocuteur pour déterminer des conditions de travail
de son personnel enseignant. La première convention collective avec
des institutrices est signée et entre en vigueur pour lannée
1940-1941. Elle fixe à 400 $ le salaire minimum dune institutrice.
La Commission scolaire de Saint-Joseph dAlma suivra de quelques mois [Laberge,
Henri, in : CEQ en mouvement, 27 mars 1997].
-
23
juillet 1939
- 106 couples se marient lors dune cérémonie collective
à Montréal au stade de Lorimier (coin de Lorimier et Ontario).
Prévoyant que le gouvernement fédéral votera prochainement
le service militaire obligatoire et que les hommes mariés en seront
exemptés, ils veulent démontrer leur refus de participer
à la guerre. 25 000 personnes assistent à la cérémonie
et la période de signature dure 7 heures. [Renseignements
obtenus de Réjeanne Gaudreault Méthot de Baie-Comeau qui
les tient de son amie Marie-André Lanteigne (Jills) fille dun couple
marié ce jour là. Document photographique disponible dans
cette famille.]
-
1er
septembre 1939
- Début de la Seconde Guerre mondiale.
1940
- Les Québécoises obtiennent le
droit de vote : depuis 1922,
des groupes de femmes faisaient régulièrement pression auprès
du premier ministre pour réclamer le droit de vote. En 1927,
Idola St-Jean, à la demande
douvrières, fonde lAlliance canadienne
pour le vote des femmes du Québec. Thérèse
Casgrain, présidente du Comité provincial en 1928
lui donne le nom de Ligue des droits de la femme.
Année après année, les féministes regroupées
dans ces deux associations iront à Québec demander le droit
de vote. Le premier ministre libéral Adélard
Godbout réussit à éteindre lopposition
des évêques en menaçant de démissionner et ce
faisant dêtre remplacé par lanticlérical Télesphore-Damien
Bouchard. Lopposition du clergé séteint et la
loi est sanctionnée le 25 avril 1940.
29
avril 1941
- Le lieutenant-gouverneur, Sir Eugène
Fiset, donne la sanction royale au bill voté à
lassemblée nationale le
1er
avril 1941 qui accorde aux femmes le droit à la pratique
juridique au Québec. Il a fallu 25 ans de revendications
et defforts soutenus de la part de pionnières mais aussi déminents
juristes et hommes politiques pour permettre aux femmes laccès
au prétoire. Des revendications juridiques dAnnie
Langstaff en 1914 et 1915,
en passant par la présentation du « bill »
à 7 reprises à lAssemblée nationale du Québec,
la lutte a été marquée par lopposition farouche des
élites religieuses et politiques soutenue par les journalistes et
plusieurs intellectuels du temps. « En 1940 Annie
Macdonald Langstaff nest plus le cas unique et la curiosité
quelle représentait en 1914 ;
une dizaine de candidates sont désormais admissibles au barreau
du Québec [
] » (Voir
7 juillet 1914, voir 13 janvier 1942)
[Gallichan, Gilles, Les Québécoises et le
barreau. Lhistoire dune difficile conquête 1914-1941, Septentrion,
1999, p. 104 & 112.]
-
13
janvier 1942
- Elizabeth Carmichael Monk et Suzanne
Raymond-Filion deviennent les deux premières Québécoises
à figurer au tableau de lOrdre du barreau du Québec. Elles
seront suivies le
11
juillet 1942 par Marcelle Hémond
et Constance Garner Short. Le barreau
ayant maintenu lexigence du baccalauréat ès arts pour ses
membres, il écartait toutes celles qui navaient pas eu la possibilité
de faire leur cours classique et Annie Macdonald
Langstaff, la pionnière des premières batailles
en 1914, naura que la satisfaction
du devoir accompli pour la suite du monde. Au cours des dix premières
années dapplication de la loi, 26 femmes entrent dans ce cénacle.
Aujourdhui, en 1999, le barreau du
Québec compte 7 076 femmes parmi ses membres, soit une proportion
de 39,6 %. Toutes cours confondues, les femmes noccupaient que 15 %
des postes de juges au Québec en 1998.
[Gallichan, Gilles. Les Québécoises et le
barreau. Lhistoire dune difficile conquête 1914-1941, Septentrion,
1999, p. 115-117. Voir
7 juillet 1914; voir 29 avril 1941.]
-
7
novembre 1942
- Les institutrices de Montmagny (après avoir en vain réclamé
le traitement annuel de 400 $, recommandé par le Département
de linstruction publique) décident de « quitter momentanément
leurs fonctions en signe de protestation ». Après deux
semaines dabsences, elles reprennent le chemin de lécole, la Commission
scolaire ayant enfin compris le bien-fondé de leur revendication
[Laberge, Henri, in : CEQ en mouvement, 27 mars
1997].
1945
- À la fin de la guerre, le premier ministre Mackenzie
King annonce la distribution prochaine dallocations
aux mères. Au Québec, certains milieux seffraient. Le gouvernement
de Maurice Duplessis, revenu au pouvoir
en 1944, y voit une ingérence
du fédéral dans les champs de juridiction provinciale. Des
juristes, des évêques, des prêtres et des nationalistes
insistent pour que lallocation soit versée au père, chef
de famille. Duplessis fait faire des
études par déminents juristes qui déclarent que cette
nouvelle loi serait inconstitutionnelle
parce quelle enfreint les droits du père, chef de famille et seul
administrateur des biens de la communauté pour les couples mariés
sous le régime de la communauté de biens. Thérèse
Forget-Casgrain mène une campagne de presse contre cette
position. Enfin, on trouve une astuce juridique : daprès le
Code civil, la femme mariée a un mandat tacite, appelé mandat
domestique, pour acheter ce qui est nécessaire aux besoins courants
du ménage et donc, sur ce principe, elle peut encaisser lallocation
familiale. Grâce à Thérèse
Forget-Casgrain qui se sert de son influence auprès de
Mackenzie King, on modifie les plaques
dimprimerie déjà moulées au nom du père, et
un mois plus tard que les autres Canadiennes, les femmes du Québec
reçoivent enfin leurs allocations familiales [Histoire
des femmes au Québec, Coll. Clio, 1992, p. 389-392].
1948
- La publication du manifeste Le Refus global
lancé par un groupe dartistes montréalais marque une étape
importante dans lévolution des mentalités québécoises.
Sait-on quil y avait des femmes parmi ces artistes? « Évidemment,
larchitecte de ce manifeste était Paul-Émile
Borduas, mais tout le groupe y avait collaboré. Bruno
Cormier, Claude Gauvreau, Fernand Leduc et Françoise
Sullivan avaient rédigé des textes, alors que
Jean-Paul Riopelle avait fait les lithographies.
À ceux-là sajoutaient Magdeleine
Arbour, Marcel Barbeau, Pierre Gauvreau, Muriel
Guilbault, Thérèse Leduc, Jean-Paul
Mousseau, Maurice Perron, Louise Renaud, Françoise
Riopelle, et moi-même (Marcelle
Ferron). Notre rôle sétait limité à
contresigner le manifeste. Nous navions pas participé à
la rédaction du texte, mais nous partagions les idées quiil
véhiculait. » « Le féminisme et le
syndicalisme prenait de lampleur. Et nous avions aussi notre place à
prendre. » [Ferron, Marcelle, LEsquisse dune
mémoire, Les Intouchables, 1996] Marcelle
Ferron (1924- ) dont les uvres font
partie des grandes collections et ornent plusieurs lieux publics (station
de métro Champ-de-Mars 1968) fut la première femme
à recevoir le Prix Paul-Émile Borduas
en 1983, la plus haute distinction quun peintre puisse recevoir au Québec.
30
novembre 1948
- Yvette BrindAmour et Mercedes
Palomino, artistes et femmes daffaires, fondent le Théâtre
du Rideau Vert, premier théâtre permanent au Québec.
Après plusieurs années ditinérance, la troupe du
Rideau Vert sinstalle dans une petite salle à langle des rues
Saint-Denis et Gilford : le Stella. Passionnées de théâtre,
elles osent la création de premières uvres : certaines
révolutionneront la dramaturgie comme ce fut le cas des Belles-Surs
de Michel Tremblay. Jusquau matin
du 4 avril 1992 où séteignait,
à lâge de 72 ans, Yvette BrindAmour,
le Théâtre du Rideau Vert est demeuré la seule compagnie
à avoir conservé la même direction artistique et administrative
depuis sa fondation plus de 40 ans auparavant. En 1998,
Mercedes Palomino, la doyenne de nos
directrices de théâtre, toujours solide comme le roc, préside
désormais seule aux destinées du Théâtre du
Rideau Vert. [Gascon, Annie in : Ces femmes qui ont
bâti Montréal, Remue-ménage, 1994, p. 284]







Dernière
mise à jour : 29 janvier 2000, 00h21