| Date : | Vendredi, 19 Septembre 1997 17:59:49 +0200 |
| De : | Pierre Rombourg |
| Sujet : | Le débarquement canadien à Dieppe |
her Monsieur Routhier,
Dans votre excellente chronologie de lhistoire du Québec, je lis ceci :
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Javais quinze ans à lépoque et me souviens fort bien de lespoir insensé qui nous a étreint à la nouvelle du débarquement. Hélas, cet espoir fou na duré quune journée, et, à lépoque, nous nous demandions avec désespoir par quel miracle lAllemagne pourrait perdre la guerre.
La légende du « raid de test » quont invoqué les Alliés a la vie dure, mais elle est fausse. Cinquante-cinq ans plus tard, il est temps de dire la vérité.
En effet, on narrive pas à comprendre les raisons militaires qui ont présidé à la décision denvoyer ces troupes à un massacre programmé : il était bien évident que 6 000 hommes ne pourraient pas faire grand-chose face à une armée dinvasion forte de près dun million dhommes. Par ailleurs, lÉtat-major allié était parfaitement au courant de létat des défenses allemandes, dune part par ses propres observations aériennes, dautre part et surtout par les rapports fournis quotidiennement par la Résistance française.
Loccupant avait en effet recruté un grand nombre douvriers français (bien payés avec les indemnités doccupation fournies par la Banque de France) pour construire ses défenses. La résistance avait sans peine infiltré ces milieux, qui la tenaient au courant, jour par jour de lavancement des travaux. De plus, les réseaux connaissaient parfaitement les troupes doccupation, leur nombre, leur activité, et jusquà limmatriculation de leurs régiments. Ces renseignements étaient immédiatement transmis par radio à Londres.
Dans ces conditions, on se demande pourquoi on a envoyé 6 100 soldats à un massacre certain, pour un bénéfice tactique nul, puisquils ne pouvaient rapporter que les renseignements que lÉtat-major allié possédait déjà.
La vérité nest pas dordre militaire. Staline, dont les troupes étaient en pleine déroute et qui avait perdu le tiers de son territoire réclamait à cor et à cris à ses alliés la formation dun second front. Le débarquement à Dieppe a répondu à deux préoccupations : faire preuve de bonne volonté vis-à-vis de lURSS, et lui démontrer quune invasion du continent nétait pas possible dans les conditions de lépoque. Cest donc pour des raisons purement politiques que plus de 2 700 de vos compatriotes sont morts inutilement.
Croyez à mes sentiments amicaux,
Dernière mise à jour : 29 décembre 1999, 18h20