Quand la grande presse allemande éreinte le Québec
François Brousseau
ans deux articles publiés
début janvier, mais qui viennent seulement de parvenir à
notre connaissance, lun des plus grands quotidiens allemands dépeint
le Québec comme « une société aussi antisémite
quil y a 50 ans », un nid dextrémistes traquant la
langue anglaise jusque dans ses moindres cachettes, une province où
« les Juifs deviennent de plus en plus la cible des francophones
chauvins qui sont au pouvoir ». Une province que « des
milliers de Juifs ont déjà quittée » et
où « ceux qui restent ont peur ».
Farcis de télescopages, dapproximations et derreurs de faits, ces articles sont dignes de figurer au florilège étranger du journalisme de dénigrement sur le Québec.
Howard Galganov, le militant anglophone, y est dépeint comme le symbole de la lutte contre loppression et comme lobjet de toutes les haines au Québec francophone. « Au cours du dernier congrès du Parti québécois, des dizaines de déléguées injuriaient lhomme daffaires et plusieurs le qualifiaient de juif avant de dire Galganov . Cest le type de propos quon navait plus entendu depuis la Révolution tranquille », écrit le journaliste Robert Rossmann.
La leçon dhistoire est expédiée en une phrase : « Durant la Deuxième Guerre mondiale, le Québec était une sorte denclave de Vichy en Amérique ». Quant à la fameuse expression « largent et des votes ethniques » utilisée par Jacques Parizeau le soir du 30 octobre 1995, Rossmann apprend à ses lecteurs que, dans cette phrase, « le mot argent est un euphémisme pour juif ».
Les souverainistes, écrit le journal, ont été terriblement frustrés par leur défaite à 49,4 %. À telle enseigne que, selon la sagace Süddeutsche Zeitung, les Québécois nationalistes, dans leur quête enragée de boucs émissaires, font désormais bloc derrière lex-felquiste Raymond Villeneuve et son Mouvement de libération nationale du Québec, descendant du « FLQ antisémite ».
« Depuis la victoire des séparatistes, il y a de cela deux ans et demi, Raymond Villeneuve et ses guerriers antisémites sont de nouveau à lavant-scène », écrit Rossmann, selon qui « un des terroristes a même été nommé juge ». Pour mémoire, il sagit dune allusion à Richard Therrien, qui nétait pas à proprement parler un terroriste, mais plutôt un sympathisant felquiste.
Dans un second article, intitulé « La croisade contre les impérialistes de la langue », le journaliste fait le portrait du professeur Michel Cartier, de lUniversité du Québec à Montréal, « lhomme qui veut imposer le français sur Internet », qui cherche à développer un vocabulaire français pour linformatique et qui « veut ainsi ériger un rempart contre la suprématie américaine ».
Tout au long de cet article, lauteur semploie à mettre en relief le côté futile, absurde et chauvin dune telle entreprise. LUQAM y est présentée comme « la pépinière des cadres séparatistes francophones ».
De facture austère, la Süddeutsche Zeitung nest pas généralement considérée comme une feuille de chou publiant nimporte quoi. Tiré à environ 400 000 exemplaires, ce quotidien munichois est tenu pour lun des grands titres de référence de la presse allemande dite « sérieuse ».
Uwe Förster, directeur de lInstitut Goethe de Montréal, a expédié au journal, à la mi-janvier, une lettre dans laquelle il déplorait fortement les articles « partiaux » de la Süddeutsche Zeitung sur le Québec, qui « deviennent à la longue irritants ». Selon M. Förster, « larticle intitulé Aussi antisémite quil y a 50 ans nest pas très recherché et confirme les opinions tendancieuses de lauteur quant à la sélection des interlocuteurs et des exemples choisis ».
Aux dernières nouvelles, le quotidien navait pas daigné publier cette lettre de M. Förster.
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Dernière mise à jour : 29 décembre 1999, 18h19