Selon certains, le texte anglais de la Constitution sert mieux le Québec.
Le gouvernement québécois aimerait bien pouvoir sentendre rapidement avec Ottawa, et seulement avec Ottawa, pour ne plus avoir à offrir des commissions scolaires confessionnelles sur son territoire. Mais en matière constitutionnelle, rien nest simple!
Le Devoir
n effet, selon linterprétation
de certains constitutionnalistes, pour être certain de pouvoir tenir
une discussion bilatérale avec Ottawa, et sans avoir à discuter
avec dautres provinces, Québec serait obligé de privilégier
la version anglais de la Constitution plutôt que la version française.
« Il est quand même curieux quun gouvernement péquiste doivent sappuyer sur une version anglaise de la Constitution pour parvenir à ses fins », glisse le porte-parole de lopposition libérale en matière déducation, François Ouimet, qui fait sienne cette distinction.
On sait que pour remplacer les actuelles commissions scolaires confessionnelles par des commissions scolaires linguistiques, le gouvernement québécois a annoncé cette semaine quil veut demander à Ottawa damender la Constitution.
Cette négociation est évidemment remplie dembûches politiques. Mais il existe également des embûches liées à la nature même des textes constitutionnels, qui laissent entrevoir la complexité des négociations à venir.
Notons dabord que le débat ne portera sûrement pas sur la disparition en tant que telle du fameux article 93 inscrit dans la Constitution de 1867, cet article qui garantit les droits confessionnels dans les écoles.
Larticle commence en effet par affirmer que « dans chaque province, la législature pourra exclusivement décréter des lois relatives à léducation ».
Cest donc cet article qui accorde des pouvoirs en éducation aux provinces. On ne parlera donc pas de faire disparaître larticle mais plutôt de lamender, et particulièrement de modifier son deuxième paragraphe, qui transférait dans la Constitution de 1867 « aux écoles dissidentes des sujets protestants et catholiques romains de la Reine dans la province de Québec » des « pouvoirs, privilèges et devoirs » qui avaient été accordés lors de lActe dUnion de 1840 « aux écoles séparées et aux syndicats décoles des sujet catholiques romains de Sa Majesté ».
Pour modifier la Constitution de 1867, et donc modifier son article 93, il faut faire appel à une procédure de modification prévue dans la Loi constitutionnelle de 1982, la loi qui rapatriait au Canada la Constitution de 1867.
La loi de 1982 prévoit, à larticle 43, une procédure de « modification à légard de certaines provinces ».
Cest là que ça se corse. En français, le texte explique que les dispositions de la Constitution applicables à une province seulement peuvent être modifiées par proclamation du gouverneur général, par résolution du Parlement et du Sénat canadien, et par « lassemblée législative de chaque province concernée ».
En anglais, le texte de 1982 explique la même procédure en parlant de « the legislation assembly of each province to which the amendment applies ».
Plusieurs spécialistes ont longuement discuté le sens des mots « concerné » et « applies » pour conclure que le texte anglais permettait probablement mieux que le texte français de mener une négociation uniquement entre Ottawa et la province intéressée, sans tenir compte des autres provinces.
Par exemple, dans un texte publié en février 1996, lavocat du ministère de lÉducation Côme Dupont écrivait que « le texte anglais de larticle 43 semble offrir plus de possibilités. Alors que le texte français semble exiger lautorisation de lassemblée législative de chaque province à laquelle sapplique larticle 93, le texte anglais nexigerait que lautorisation de lassemblée législative de chaque province à laquelle sapplique lamendement de larticle 93 ».
Un autre spécialiste, José Woehrling, écrivait dans Les Cahiers du droit en 1994 que la version français de larticle 43 est « moins précise et moins claire que la version anglaise puisquelle réclame, pour la modification dune disposition applicable à certaines provinces seulement , laccord des deux Chambres fédérales et de chaque province concernée , plutôt que laccord de chaque province à laquelle la modification sapplique (comme cest le cas pour la version anglaise) ».
Pour ajouter à la complexité de la chose, signalons aussi que même en utilisant le texte anglais, certains croient que laccord de lOntario serait nécessaire parce que le pacte à lorigine de larticle 93 liait dabord lOntario et le Québec dans lActe dUnion de 1840.
Dernière mise à jour : 29 décembre 1999, 17h34