Éditorial
onrad Black est fidèle
à lui-même, sur la forme comme sur le fond. En ce sens, sa
diatribe provocatrice contre la loi linguistique du Québec et en
faveur de la partition, livrée lundi soir à un auditoire
familier de Toronto, ne contenait pas en soi de surprises, tout en révélant,
une fois de plus, le mépris que cet homme peut exprimer envers le
nationalisme québécois et celui quil inspire.
Déjà en 1992, dans un discours copie-carbone, il évoquait la possibilité que le nord du Québec et les circonscriptions ayant voté NON à un référendum sur la souveraineté puissent se détacher du Québec si le OUI lemportait. Dans le même texte, il maugréait, comme aujourdhui, contre la loi 101, quil apparentait à lépoque à des tentations dictatoriales. Dans la version 1997, lundi soir dernier, il associait avec une certaine subtilité notre régime linguistique au nazisme quavait combattu le Canada, durant la Deuxième Guerre, au nom de la liberté dexpression.
En 1989, Black dénonçait déjà lingratitude et la trahison des francophones québécois envers la majorité linguistique de ce pays. Après tout, les Canadiens anglais ne versent-ils pas, par leurs impôts, six milliards de dollars par an au Québec en paiements de péréquation? Il reprenait, lundi, la même ritournelle. Dire que les bons Anglais ont investi tous ces milliards au Québec en croyant construire le Canada, se plaint le milliardaire qui vit désormais surtout à Londres. Ne méritent-ils pas un peu de gratitude? Comme si largent pouvait tout acheter Il serait tentant dignorer ce radotage. Sauf que Black est influent. Il possède plus de 500 journaux dans le monde, il contrôle la majorité des quotidiens au Canada, dont quatre au Québec, incluant The Gazette. Il doit se trouver des gens pour le croire, au sein des cercles mondains, politiques et financiers quil fréquente. Cest pourquoi ses élucubrations ne peuvent pas rester sans réplique. Lui qui accepte mal la critique, il ne changera pas davis. Mais ses interlocuteurs doivent savoir que sa prose déplaît souverainement.
Le mépris exprimé par Black est celui dun impérialiste envers le nationalisme québécois. Nationalisme que cet homme ne connaît pas pour lui attribuer de prétendus « mauvais traitements » (sic!) infligés aux minorités au Québec depuis des décennies. Black incarne lune des deux visions du pays. Lune, la sienne, dun Canada biculturel homogène, où les francophones sont minoritaires et celle, largement partagée au Québec, de lexistence au Canada de deux nations.
La charge du magnat de la presse sinscrit sur le nouveau front des opposants à la souveraineté du Québec. Dans le discours, la peur des impacts économiques de la souveraineté cède le pas peu à peu à la peur des impacts sociopolitiques, de la partition à la désobéissance civile, la rupture sociale, le désordre, le chaos. Les fédéralistes nourrissent chez les autres une haine viscérale envers le nationalisme québécois et chez les francophones, une honte dêtre eux-mêmes.
Black prétend que si les Québécois décident démocratiquement et majoritairement de déclarer le Québec souverain, ils vont en payer le dur prix de la discorde. Ça rappelle la fois où il avait dit aux Ontariens quils allaient payer le prix davoir élu un gouvernement néodémocrate. Toujours le même chantage. Inacceptable.
Dernière mise à jour : 29 décembre 1999, 16h52