l y a eu hier cent
six ans, huit mois et dix-huit jours que M. de
Vaudreuil, le dernier des gouverneurs français de la
Nouvelle-France, concluait une capitulation qui livrait pour toujours à
ses ennemis séculaires « la plus belle, la plus française
et la plus négligée » des colonies que la France
ait eue entre les mains. Depuis cette fatale époque il sest passé
bien des choses imprévues dans lancienne colonie de la France et
cest assurément dans cette catégorie dévénements
que les continuateurs de notre histoire classeront le fait qui sest produit
hier dans la capitale de la confédération canadienne: Hier
à onze heures du matin, Sir Narcisse Fortunat
Belleau a prêté serment comme Lieutenant-Gouverneur
de la Province de Québec.
Qui eût pu prévoir, nous ne dirons pas il y a cent ans, cinquante ans, vingt-cinq ans, mais il y a sept ou huit ans, qui eût pu prévoir que le Bas-Canada, le berceau de la nationalité canadienne-française, serait, dans un avenir si prochain et sans cesser dêtre colonie anglaise, gouvernée par un Canadien-français catholique ?
La nomination de Sir N. F. Belleau au poste important et honorable que vient de lui confier le gouvernement impérial, est non seulement un acte de justice, mais encore un acte de sagesse. Cest un acte de justice, parce que personne plus que le nouveau gouverneur navait de droits acquis à ce poste : cest un acte de sagesse, parce que le nouveau gouverneur possède à un haut degré ce caractère conciliant si indispensable à un chef qui a à gouverner des hommes de différentes races et de différentes croyances religieuses.
Nous sommes convaincus que sir N. F. Belleau ouvrira dignement la liste des gouverneurs français du Bas-Canada, fermée depuis la conquête.
Dernière mise à jour : 29 décembre 1999, 16h21